TOMMY LAWSON
Tommy LAWSON
atelier du regard, espace sonore
Timișoara, 2021 · la lampe

Paysages, parcours du regard et acte d'écoute.

Photographe et artiste sonore, je suis installé et travaille entre Bastia et Bruxelles. Mon travail se situe à la lisière de l'image fixe et de l'écoute des lieux. Presque trente ans de création réunissent ici le carnet et le paysage sonore, la nuit traversée et la couleur prélevée, en un seul atelier.

Entrer par
Le fil, dernières entréesjournal ›
01, le fil

JOURNAL

Un courant chronologique où cohabitent une planche du carnet, une captation de terrain, une note d’écoute. Toutes les disciplines se suivent et se répondent au fil du temps.

02, atelier du regard

PHOTOGRAPHIE

Avant l'image fixe, il y a eu vingt ans de plateau, de corps dansés et de paysages, les années Art Mouv'. La photographie n'a pas rompu avec elles : elle les prolonge. Mais c'est en compositeur, en créateur sonore, que je suis venu à l'image : c'est l'oreille du plateau qui cadre aujourd'hui la rue et la nuit, à travers le regard, la même attention au lieu, au passage, à la lumière. Ce sont les voyages, et les sensations d'ailleurs accumulées de scène en scène, de pays en pays, qui ont forgé cet œil et en ont fait la pierre angulaire de ma démarche photographique : faire du territoire une partition, et du regard un acte d'écoute.

Entrer par

La collection, seize fanzines noir & blanc, format A5. Feuilletoir et notes par numéro.

COLORS, l'autre versant du regard : la couleur comme sensation, l'image qui respire. Première série en ligne.

COLORS · JAUNE 34 images, une seule couleur de ville en villeen ligne ›
COLORS · JAUNE — planche
COLORS · ROUGE 28 images, l'intensité en arc (pivot : tabourets)en ligne ›
COLORS · ROUGE — planche
COLORS · BLEU 29 images, la profondeur en immersionen ligne ›
COLORS · BLEU — planche
COLORS · ORANGE 29 images, la chaleur de l'ocre au sableen ligne ›
COLORS · ORANGE — planche

ARCHITEXTURES, une veine picturale du regard : les immeubles et les façades prises à plat, en noir & blanc, de la pénombre à l'éblouissement.

Accrochages, formats disponibles, expositions passées et à venir.

Tirages sur demande.
03, écoute

ESPACE SONORE

Installations, compositions et captations. L'écoute comme manière de regarder un lieu.

Création sonore, albums

Je n'ai jamais pensé ces albums comme une collection de morceaux. Ils forment un même geste, prolongé, un travail d'auteur par et avec le son, le pendant sonore des carnets photo.

Transonic · éditions

Deux pièces éditées par le label Transonic (Bruxelles / Mons), présentées ici dans le player maison. Masters intégrés, écoute directe dans le player maison.
D’un monde (sONore) à l’autre — pochette Transonic
parcours géolocalisé · cinéma pour les oreilles

D'un monde (sONore) à l'autre

Mini album · 8 titres · 2024 · Transonic, résidence ARTour, La Louvière

La transposition phonographique du parcours sonore géolocalisé que j’ai présenté à la Biennale ARTour (2023), sur les traces de Pol Bury et du poète Achille Chavée, une bande sonore comme un cinéma pour les oreilles, de la place Mansart au Parc Gilson.

1. Centrissime2:43La Louvière
2. Taxi Albert2:11La Louvière
3. Sous Terre 13:47La Louvière
4. Rue de la Concorde1:47La Louvière
5. Rue Anatole France3:04La Louvière
6. L'Éléphant Blanc1:53La Louvière
7. Les filles du voyages2:29La Louvière
8. Chacun son Monde1:24La Louvière
Crédits & production
Conception / composition, Tommy Lawson · Participation vocale, Jean Daniel Bécache
Terrain, La Louvière, mai juin 2023 · Mixage, Transonic Tristar Lab · Réalisation, studio Zone Libre (Bastia), été 2023
Production, Transcultures · Transonic · Pépinières européennes (City Sonic 20 ans) · Remerciements : Benjamin Grenier, Éric Claus · Sortie 02.01.2024
Format, album numérique (Transonic / Bandcamp), 8 titres · réf. catalogue à confirmer
Bega [Sonic Scapes] — pochette Transonic
field recording · électronique · dérive

Bega [Sonic Scapes]

Album · 12 titres · 2022 · Transonic, Bastia · M'Hamid · Timișoara

Un voyage transonique entre Bastia, Timișoara et M'Hamid : ambiances environnementales (field recording) et textures électroniques, une dérive audio poétique. Finalisé en résidence Pépinières européennes chez Transcultures.

1. Sonic Narratives [Buccorama]1:54Timișoara
2. Éclats sonores 1 [Boulevard Paoli]2:38Bastia
3. Jardins Sonics #73:04Bastia
4. Polytopes [Chant des dunes Pt 1]1:54M'Hamid
5. Bunker Theory [Music Box]1:26Bastia
6. Sonic Narratives [The Bridge]1:18Timișoara
7. Éclats sonores [Rue Général Carbuccia]2:25Bastia
8. Éclats sonores [Tu marches]2:04Bastia
9. Éclats sonores [Campinchi Rodiophonique #2]2:44Bastia
10. Sonic Narratives [Refugees]2:45Timișoara
11. Polytopes [Chant des dunes Pt 2]2:30M'Hamid
12. Sonic Narratives [Merge]2:18Timișoara
Crédits & production
Soundscapes, electronics & images, Tommy Lawson · Mixage, Transonic Lab, Mons
Production exécutive, Philippe Franck · Production, Transcultures, Pépinières européennes de Création
Enregistré à, Bastia (2005·2014·2018) · M'Hamid El Ghizlane, Maroc (2016) · Timișoara, Roumanie (2021) · Sortie 07.12.2022
Format, album numérique (Transonic / Bandcamp), 12 titres · réf. catalogue à confirmer
Production & partenaires, Label Transonic, produit par Transcultures (centre interdisciplinaire des cultures sonores & numériques, Bruxelles / Mons, depuis 1996), en lien avec les Pépinières européennes et le festival ZONE LIBRE (Bastia). → tout le label sur Bandcamp ›
En mémoire

Ces éditions doivent beaucoup à Philippe Franck (1963, janvier 2025), fondateur et directeur artistique de Transcultures et du label Transonic, ami, complice, passeur. Producteur de Bega, il fut aussi l'un des premiers à écrire sur ce travail et mes projets connexes. Le silence qu'il laisse, ces pièces continuent de le traverser.

Lake of Confidence · netlabel corse

Mon titre « Photone X », en ouverture de la compilation mensuelle #2 du netlabel corse Lake of Confidence de Pasqua Pancrazi (2024).
Compilation #2 · 2024 · Lake of Confidence de Pasqua Pancrazi

Photone X

Ambient, ballade Lo-fi et électronique psychédélique : ma pièce ouvre cette mini compilation mensuelle, éclectique et sensible, du netlabel corse.

la compilation #2 complète sur SoundCloud ›

Archives SoundCloud, 4 playlists

Mes 4 anciennes playlists (2016) rapatriées dans le player maison, avec leurs nouvelles pochettes. profil SoundCloud ›
Les 4 playlists complètes (36 pièces), dans l'ordre exact de SoundCloud, toutes jouables dans le player maison. On retrouve aussi des pièces via Transonic et Lake of Confidence.

URBASON, documentaire sonore

Le « chez soi » dans les quartiers prioritaires de Bastia, quatre volets (2022 → 2025), devenus podcast. Conception & réalisation Tommy Lawson · production Zone Libre. → le projet dans Zone Libre ›
URBASON volet 1 — façade de la Cité des Monts
Volet 1 · 2022

Le « chez soi », les bruits

Cité des Monts · écoute au casque, 30 min en boucle

Premier volet de mon projet URBASON. Le micro qui mène vers l’autre : récits d’habitants, sons du quotidien, l’identité sonore contrastée d’un quartier en requalification.

partie 1/2
0:00 / 14:45
partie 2/2
0:00 / 14:27
URBASON volet 2 — permis de démolir
Volet 2 · 2023

Le foyer qui se constitue

Cité des Monts

Deuxième volet de mon projet URBASON. Un regard progressif sur la constitution du foyer, l’habitation en mutation, les craintes liées à un futur déménagement.

audio à venir (master en cours de récupération)
URBASON volet 3 — micro de captation
Volet 3 · 2024

Le rapport au chez soi

Maison des quartiers sud · avril→octobre 2024

Troisième volet de mon projet URBASON. Le récit, enrichi d’une année de témoignages, du rapport des habitants à leur logement et à la requalification de leur zone.

0:00 / 7:28
URBASON volet 4 — enregistreur de nuit
Volet 4 · 2025 · podcast

La compilation

diffusion casque, fin 2025

Quatrième et dernier volet de mon projet URBASON, documentaire sonore : la compilation des trois phases en podcast, diffusée sur les canaux de Zone Libre et en écoute à la Maison des quartiers sud.

en montage
Deux volets encore à intégrer : #2 (2023, master en cours de récupération) et #4 (podcast 2025, en montage). Dispositif d'écoute en accès libre à la Maison des quartiers sud, dans le cadre du festival Zone Libre.
04, projets de territoire

PROJETS DE TERRITOIRE

Deux structures territoires, créées en Corse et déployées à l’international : la compagnie Art Mouv’ (1998), racine pluridisciplinaire du plateau et de la vidéo danse, et Zone Libre (2008), laboratoire des arts sonores et de son festival. Au croisement de l’art et du lieu, faire du territoire une partition.

Projet de territoire · depuis 1998
ART MOUV’
Danse contemporaine, vidéo danse, performances in situ et installations multimédia. Vingt ans de plateau où s'est forgée mon identité sonore.
entrer ›
Projet de territoire · depuis 2008
ZONE LIBRE
Arts sonores, écologie du son et création numérique. Le Festival des Arts Sonores et ses parcours d'écoute dans la ville, entre art, science et technologies.
entrer ›
Deux structures, un même geste : faire du territoire une partition.
Portail dépliable, cliquez une structure, puis une rubrique, puis un titre. L’archive se complète au fil des mois.
05, écrits

CARNETS DE TEXTES

Le versant réflexif : là où la photographie et l'espace sonore se pensent et s'écrivent, manifestes, essais, notes d'atelier et recherche. La couche écrite qui prolonge les autres axes du travail.

Bloc noteManifestes, notes d'atelier, essais et recherche, rangés par cahiers. Une collection d'écrits NOSOUND.
Interligneslire, écouter, entre les lignes. Une édition en marge du Bloc note : d’autres textes, et bientôt les contributions d’amis essayistes, auteurs, poètes, artistes et critiques.
INTERLIGNESÀ VENIRcontributionvoix invitée
INTERLIGNES · N° 01
TOMMY LAWSON
Artiste sonore

L’écoute discrète : hi-fi, lo-fi et esthétique du minuscule

Essai

Nos villes sont bruyantes, et l’on croit volontiers que le bruit couvre tout. Pourtant, à mesure que l’environnement sature, une autre écoute devient possible, une écoute de la discrétion, attentive à ce qui ne s’impose pas. C’est cette écoute que je voudrais décrire ici, et l’esthétique qui l’accompagne.

Hi-fi, lo-fi : deux régimes du paysage sonore

R. Murray Schafer distinguait deux régimes du paysage sonore selon leur rapport du signal au bruit. Le paysage hi-fi, de grande précision, présente un rapport favorable : les sons y sont distinctement perçus, sans encombrement ni effet de masque, comme dans le matériel de haute-fidélité auquel le terme est emprunté. Le paysage lo-fi, à l’inverse, est celui où les signaux sont si nombreux qu’il en résulte un manque de clarté, un effet de masque généralisé.1 Schafer prend l’exemple de la ville comme milieu privilégié du lo-fi : tout y sonne en même temps, et plus rien ne se détache.

La rumeur urbaine

Nous faisons partie de cette rumeur, et elle possède une qualité sonore spécifique. Elle imprègne les lieux de sa présence, disponible à notre écoute, plutôt qu’elle ne se manifeste. Les émanations sonores d’une ville sont, au fond, plus timides que les chants de certains oiseaux : elles ne réclament rien, elles enveloppent. Cette discrétion, cette modestie des sons, n’est pas une pauvreté. Elle a pris, chez certains artistes, et je me reconnais en cela, la forme d’une esthétique.

L’esthétique du minuscule

Steve Roden décrivait son travail sous le nom de lowercase sound : des sons en lettres minuscules, plutôt qu’en lettres majuscules.2 Cette esthétique laisse des indices sonores plutôt qu’elle ne s’affiche ouvertement. On peut supposer qu’une création qui ne veut pas ressembler à une prise de parole autoritaire joue avec la complicité de l’auditeur, motivé pour chercher quelques détails dans cette chose en apparence lisse. Le minuscule n’abaisse pas la voix par faiblesse : il la baisse pour appeler une oreille plus fine, et faire de l’écoute un acte, non une réception.

Clôture

Un paysage sonore repose toujours sur des relations internes entre des éléments, relations construites par l’esprit d’un auditeur. Le paysage sonore d’un champ de céréales en plein été tient à quelques règles de répartition, la présence localisée de stridulations d’insectes, un fond de brise, et c’est l’oreille qui en fait un tout. L’écoute discrète ne cherche pas ailleurs un monde plus sonore : elle apprend à entendre, dans le presque rien, tout ce qui s’y trouve déjà inscrit.

Références

Steve Roden, Forms of Paper, Los Angeles Public Library, 2001.

R. Murray Schafer, The Tuning of the World, New York, Knopf, 1977 (trad. fr. Le Paysage sonore, Marseille, Wildproject, 2010).

1
R. Murray Schafer, The Tuning of the World, New York, Knopf, 1977 (trad. fr. Le Paysage sonore, Marseille, Wildproject, 2010). Les paysages hi-fi sont typiquement ruraux et nocturnes, aux sons découpés ; les paysages lo-fi, urbains et saturés.
2
Steve Roden, artiste sonore et plasticien américain, a forgé le terme lowercase pour désigner une musique qui ne s’impose pas à l’écoute mais se laisse découvrir. Sa pièce Forms of Paper (2001), composée à partir de sons de papier amplifiés, en a diffusé la notion.
maison d’édition TL · série textes · collection INTERLIGNES
INTERLIGNES · N° 04
TOMMY LAWSON
Artiste sonore

Le paysage sonore, support et acteur d’un récit

Essai

Un paysage sonore peut-il raconter ? La question paraît étrange tant que l’on tient le son pour un simple décor. Mais dès que l’on écoute vraiment, quelque chose se met à se dérouler : des présences apparaissent, des tensions s’installent, un lieu se donne dans le temps. Écouter un environnement, c’est peut-être s’imaginer, recréer mentalement le théâtre des événements sonores qui nous entourent. La réponse à notre question tient alors dans une formulation qui fait du paysage sonore une véritable dialectique : il est à la fois le support d’un récit et son acteur. Ce texte prolonge, du côté du vivant et de la perception, l’hypothèse que je poursuis par ailleurs, celle du paysage sonore comme espace de narration.

Le paysage sonore comme support

Tout comme en peinture, le paysage sonore désigne l’objet de la représentation, mais également la représentation elle-même : en l’occurrence, un enregistrement ou une performance de sons qui créent la sensation d’un environnement particulier, ou des compositions faites à partir de sons recueillis dans un milieu, seuls ou en conjonction avec de la musique. Comme n’importe quel acte perceptif, le paysage sonore n’est ni une réalité entièrement objective, ni une réalité entièrement subjective. Et de même que la peinture éduque le regard et constitue une sorte de laboratoire de la perception visuelle, l’écoute de paysages sonores, ceux des artistes comme ceux de l’instant, apprend à contempler et à apprécier.1

Support, donc : une surface sensible sur laquelle l’artiste inscrit, sélectionne, agence. Le paysage sonore accueille le récit comme la toile accueille la scène. Une formule de Schafer en dit l’enjeu : « Nous essayons d’entendre l’environnement sonore comme si c’était une composition musicale, une composition dont nous serions en partie les auteurs. »2 Mais réduire le sonore à ce rôle de réceptacle serait manquer l’essentiel, car ce support est vivant.

Le paysage sonore comme acteur

Le son n’attend pas d’être composé pour raconter : il raconte déjà, par lui-même, la vie des milieux. C’est le sens des travaux du bioacousticien Bernie Krause, qui a passé sa vie à enregistrer les voix d’écosystèmes entiers, avec leurs variations diurnes et nocturnes. Il nomme biophonie le son de la planète produit par le vivant non humain, et alerte sur son effacement : de plus en plus, il devient difficile de trouver des lieux qui ne soient pas contaminés par le bruit d’origine humaine, et cette acoustique de la nature est en danger de disparition. Il faut parler, dit-il, d’érosion de la biophonie, comme on parle d’érosion de la biodiversité.3 Ici, le paysage sonore est pleinement acteur : il est le vivant qui parle, et sa disparition est déjà un récit, celui d’un appauvrissement du monde.

Mais l’acteur est double, car il y a aussi celui qui écoute. Toute écoute suppose une organisation perceptive d’un environnement composé de sources multiples, ce processus que le psychologue Albert Bregman a nommé l’analyse des scènes auditives.4 Dans le sillage de l’audition cognitive, à laquelle Stephen McAdams a donné ses lettres, on peut mettre les scènes auditives en parallèle avec le paysage sonore : elles décrivent, sur le plan cérébral, comment l’auditeur découpe le continu sonore en événements et en sources.5 Ce modèle a sa limite : il décrit un système de représentation absolument relatif à un individu et à ses capacités cognitives, où la dimension collective et sociale n’entre pas en jeu. Les scènes auditives tiennent à la physiologie et à l’histoire de l’auditeur ; elles assurent une relation fiable au monde, mais chacun la sienne.

C’est pourquoi il faut, en regard, une approche qui réintroduise le lieu et le partage. Les ambiances, entités émergentes propres à un espace architectural, se laissent étudier en partant des modalités de perception d’un habitant, mesurables à partir de la description physique des phénomènes, mais aussi de leur représentation qualitative, cognitive et émotionnelle, et du point de vue de la conception urbaine.6 Entre la biophonie du vivant, la scène que découpe le cerveau et l’ambiance que fabrique un lieu habité, l’acteur du récit change d’échelle sans jamais cesser d’agir.

Du support à l’acteur

La dialectique se noue là. Le paysage sonore est support parce qu’il se laisse composer, écouter, raconter ; il est acteur parce qu’il est vivant, parce qu’il se découpe dans une perception et parce qu’il émerge d’un lieu. Les deux rôles ne s’opposent pas, ils se relaient : c’est en tendant l’oreille vers un milieu qui parle que l’auditeur devient l’auteur d’un récit qui, pourtant, ne serait rien sans ce qui, dans le monde, sonnait déjà. Raconter avec le paysage sonore, ce n’est pas prêter une voix au silence, c’est reconnaître que le monde en avait une, et lui rendre l’écoute qui la fait entendre.

Références

Jean-François Augoyard et Henry Torgue, À l’écoute de l’environnement. Répertoire des effets sonores, Marseille, Parenthèses, 1995.

Albert S. Bregman, Auditory Scene Analysis. The Perceptual Organization of Sound, Cambridge, MIT Press, 1990.

Bernie Krause, Le Grand Orchestre animal. À la recherche des origines de la musique dans la nature, Paris, Flammarion, 2013.

Stephen McAdams et Emmanuel Bigand (dir.), Thinking in Sound. The Cognitive Psychology of Human Audition, Oxford, Clarendon Press, 1993.

R. Murray Schafer, The Tuning of the World, New York, Knopf, 1977 (trad. fr. Le Paysage sonore, Marseille, Wildproject, 2010).

1
Composer un récit à partir de sons captés dans le réel prolonge la musique concrète de Pierre Schaeffer et l’écologie sonore de R. Murray Schafer. Voir R. Murray Schafer, The Tuning of the World, New York, Knopf, 1977 (trad. fr. Le Paysage sonore, Marseille, Wildproject, 2010).
2
R. Murray Schafer, The Tuning of the World, New York, Knopf, 1977 (trad. fr. Le Paysage sonore, Marseille, Wildproject, 2010). Écouter le monde comme une composition dont nous sommes en partie les auteurs, c’est déjà en faire le support d’un récit.
3
Bernie Krause, musicien et docteur en bioacoustique, a forgé les notions de géophonie (sons non biologiques comme le vent, l’eau, le tonnerre), de biophonie (sons du vivant non humain) et d’anthropophonie (sons humains). Voir Bernie Krause, Le Grand Orchestre animal. À la recherche des origines de la musique dans la nature, Paris, Flammarion, 2013 (éd. orig. The Great Animal Orchestra, 2012).
4
Albert S. Bregman, Auditory Scene Analysis. The Perceptual Organization of Sound, Cambridge, MIT Press, 1990. La notion de scène auditive décrit comment l’oreille sépare et regroupe les sons d’un mélange pour reconstituer des sources distinctes.
5
Sur la psychologie cognitive de l’audition, voir Stephen McAdams et Emmanuel Bigand (dir.), Thinking in Sound. The Cognitive Psychology of Human Audition, Oxford, Clarendon Press, 1993.
6
Sur la notion d’ambiance et le vocabulaire des effets sonores, voir Jean-François Augoyard et Henry Torgue, À l’écoute de l’environnement. Répertoire des effets sonores, Marseille, Parenthèses, 1995 (travaux du CRESSON).
maison d’édition TL · série textes · collection INTERLIGNES
INTERLIGNES · N° 05
TOMMY LAWSON
Artiste sonore

Faire dispositif : flux, indétermination et installation

Essai

On croit souvent qu’une œuvre sonore consiste à fixer un paysage, à en arrêter une image sur un support. Or les pratiques les plus vivantes font l’inverse : elles ne fixent pas un paysage sonore, elles construisent un dispositif qui en produit. Ce déplacement, de l’objet fixé au processus producteur, traverse une lignée d’artistes qui ont cherché, chacun à sa manière, à rendre l’écoute au monde plutôt qu’à la retenir dans une forme close.

Cage : l’indétermination et les sons du monde

C’est par la méthode de l’indétermination que John Cage en vient à considérer l’existence de sons extra-musicaux : des sons qui ne seraient pas intentionnellement musicaux, mais qui le deviennent pour celui qui leur consacre un peu de son attention.1 L’enjeu n’est plus de composer contre le monde, mais de réactualiser, par l’écoute, notre rapport à lui. Dans cet esprit, les musiques constituées font écran entre les bruits et nous ; l’artiste, au contraire, multiplierait les occasions de révéler cet entourage sonore à lui-même, et les œuvres cesseraient d’être des fins en soi pour devenir des fenêtres sur le monde.

La critique de López

Cette position n’a pas fait l’unanimité. Le compositeur Francisco López la conteste vivement, jugeant que cette attitude anti-compositionnelle remplace l’expérience de la musique et des sons par un paradigme procédurier, une liturgie de l’aléatoire, formaliste et finalement assez conventionnelle.2 La tension est féconde : elle rappelle qu’entre laisser être les sons et les travailler comme matière, il y a un choix esthétique, et non une évidence.

Eno : une musique ambiante

Brian Eno explore une autre voie avec Music for Airports. La musique y est conçue pour s’intégrer à l’environnement, en souligner les particularités acoustiques, et surtout pour s’adapter à de nombreux niveaux d’attention sans en privilégier aucun.3 Par sa présence-absence, ce type de travail ne dérange pas et n’épuise pas : il complète un environnement, en masque les aspérités ou en souligne les contours, et place l’auditeur en état d’immersion.

Neuhaus : l’installation sonore

Max Neuhaus, lui, invente jusqu’au nom de la chose : l’installation sonore.4 Il s’agit de mettre en situation des phénomènes sonores discrets, évoluant selon des règles et une géométrie choisies en fonction du lieu. À l’opposé de la musique d’ameublement d’Erik Satie, et peut-être grâce à leur discrétion, ces zones acoustiques exercent un fort pouvoir d’attraction : leur étrangeté surprend. L’effet d’irruption est au temps ce que l’effet d’intrusion est à l’espace.

Du flux plutôt que la fixation

Ce qui rassemble ces gestes, c’est qu’ils s’éloignent de l’idée de fixer un paysage sonore pour lui préférer un dispositif qui en produit. La notion de flux, portée au cœur même de la création, tente d’échapper aux protocoles usuels de la représentation : ni la temporalité imposée d’une performance, ni la rigidité d’un objet inscrit sur un support. Le son existe en permanence ; tant qu’on ne le remarque pas, il travaille en arrière-plan, à la manière de ces programmes informatiques que l’on nomme daemons, actifs et pourtant invisibles. Certaines œuvres se modèlent sur ce régime, mais s’en distinguent par la façon dont elles jouent de notre mémoire : leurs apparitions répétées laissent une impression de déjà-entendu, sortes de madeleines sonores diluées.

Coda : la parenté des microsons

Il est frappant que certaines musiques électroniques rejoignent, par un tout autre chemin, la texture des paysages sonores. Les microsounds, ces fragments infimes chers aux pratiques audionumériques, ont souvent une grande proximité morphologique avec des sons naturels.5 Les glitch, ces erreurs de lecture numérique, peuvent évoquer des insectes ; et la synthèse granulaire, qui organise de grandes quantités de microsons, en imite parfois les essaims. Le dispositif, décidément, ne clôt rien : il fait entendre que le sonore, artificiel ou naturel, est d’abord affaire de grain, de densité et de flux.

Références

John Cage, Silence, Middletown, Wesleyan University Press, 1961.

Brian Eno, Ambient 1: Music for Airports, 1978.

Francisco López, « Schizophonia vs. l’objet sonore. Soundscapes and Artistic Freedom », 1997.

Max Neuhaus, Times Square, installation sonore permanente, New York, 1977.

Curtis Roads, Microsound, Cambridge, MIT Press, 2001.

1
John Cage, Silence, Middletown, Wesleyan University Press, 1961. Sa pièce 4′33″ (1952), en n’imposant aucun son intentionnel, donne à entendre l’environnement lui-même comme musique.
2
Francisco López, « Cagean Philosophy: A Devious Version of the Classical Procedural Paradigm », 1996, et « Schizophonia vs. l’objet sonore. Soundscapes and Artistic Freedom », 1997. López défend une écoute et une composition centrées sur la matière sonore elle-même, contre ce qu’il perçoit comme un formalisme du hasard.
3
Brian Eno, Ambient 1: Music for Airports, 1978. Dans ses notes, Eno définit l’ambient comme une musique qui doit être « aussi ignorable qu’intéressante », capable de teinter un espace sans le saturer.
4
Max Neuhaus, qui préférait aussi le terme de place works, disposait des phénomènes sonores discrets réglés sur la géométrie et les spécificités d’un lieu. Voir la pièce Times Square (1977).
5
Curtis Roads, Microsound, Cambridge, MIT Press, 2001. En deçà de la note, le domaine des particules sonores et de la synthèse granulaire ouvre une échelle où l’artificiel et le vivant se ressemblent étrangement.
maison d’édition TL · série textes · collection INTERLIGNES
INTERLIGNES · N° 09
TOMMY LAWSON
Artiste sonore

L’écoute réduite : objet sonore et acousmatique

Recherche

Écouter n’est pas toujours entendre un sens. La plupart du temps, nous traversons les sons vers ce qu’ils signifient : une porte qui claque, une voiture qui passe, un nom qui nous appelle. Mais il existe une autre écoute, qui suspend le renvoi au sens pour s’attacher à la sensation sonore elle-même. C’est cette écoute, et les concepts qui la portent, que ce texte se propose de clarifier.

L’objet sonore

L’objet sonore est ce que l’on distingue lorsque l’on s’attache non plus au sens véhiculé par un son, la porte qui claque, à ce qu’il représente, mais plutôt à la sensation sonore elle-même : dans notre exemple, un grand éclat précédé d’un grincement. Comme l’a montré le compositeur Régis Renouard Larivière, Pierre Schaeffer ne s’attache pas tant à définir l’objet sonore qu’à expliciter les modalités de sa constitution.1 En cela, il prolonge la confusion que le langage commun entretient autour du mot « son » : celui-ci désigne autant l’événement physique, la vibration de l’air, que la sensation perçue par un auditeur, et donc ce qu’il interprète et ce qu’il nomme. Nous retrouvons là l’ambiguïté qui court, dans toute la théorie de l’écoute, entre subjectivité et objectivité.

Une écoute née de la technique

Les concepts d’objet sonore et d’écoute réduite, qui sont à la base de la musique concrète, sont souvent rapportés aux expériences menées à partir des outils mêmes de l’enregistrement : l’écoute d’un microsillon fermé, ou celle d’un son dont le montage a supprimé l’attaque.2 La possibilité de fixer les sons a du reste coïncidé, historiquement, avec l’essor de la radiodiffusion, et cette conjonction a bouleversé l’écoute : la phonographie démultiplie l’échelle de distance spatiale et temporelle entre les sons fixés et leur origine. L’oreille perçoit d’autant plus distinctement que l’œil ne permet plus l’identification, l’esprit se concentrant alors sur les seules informations auxquelles il a encore accès, celles de la perception auditive.

L’acousmatique

Pour nommer cette situation, Pierre Schaeffer a remis en service un adjectif ancien : acousmatique, en référence aux acousmatiques, les disciples de Pythagore.3 La légende veut que le maître ait enseigné dissimulé derrière des tentures, exigeant des auditeurs qu’ils se concentrent sur sa parole et non sur sa vision. Une situation d’écoute est ainsi dite acousmatique lorsque l’on ne voit pas la cause, la source du son entendu. Soustraire le visible, c’est rendre l’oreille à elle-même.

La réduction phénoménologique

Cette idée de soustraire le visuel, de revenir à l’« essence » de l’audition, Pierre Schaeffer la rapproche, dans le Traité des objets musicaux, de la réduction phénoménologique de Husserl.4 Ce parti pris d’écoute, qui s’attache à observer et à décrire les phénomènes sonores pour eux-mêmes, dans leurs qualités sensibles de masse, de grain, de durée, de matière et de volume, indépendamment de leur cause, de leur sens et de leurs effets, est ce que Schaeffer nomme l’écoute réduite. Elle est à l’opposé de celle que nous vivons le plus souvent, tendue vers l’utile et le signifiant.

Ce que l’écoute réduite ouvre

Réduire, ici, n’appauvrit pas : le mot dit une opération, non une perte. En suspendant la question « qu’est-ce que c’est ? », l’écoute réduite fait apparaître une richesse que l’écoute ordinaire laisse filer, celle de la matière sonore elle-même. Elle ne remplace pas les autres écoutes, elle les met en perspective, et rappelle que, sous le sens des sons, il y a d’abord des sons.

Références

Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie (1913), Paris, Gallimard, 1950.

Régis Renouard Larivière, « L’objet, le chant », dans Ouïr, entendre, écouter, comprendre après Schaeffer, Paris, Buchet/Chastel et INA-GRM, 1999.

Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux, Paris, Seuil, 1966.

1
Régis Renouard Larivière, « L’objet, le chant », dans Ouïr, entendre, écouter, comprendre après Schaeffer, Paris, Buchet/Chastel et INA-GRM, 1999. Compositeur acousmatique, Renouard Larivière enseigne le « solfège de l’objet sonore » et a consacré plusieurs textes aux concepts de Schaeffer.
2
Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux, Paris, Seuil, 1966. Le sillon fermé du disque, en répétant indéfiniment un fragment, et la coupe de l’attaque, en privant le son de son amorce reconnaissable, détachent le son de sa cause et le donnent à écouter pour lui-même.
3
Le mot vient du grec akousma, « ce que l’on entend ».
4
La réduction husserlienne suspend le jugement d’existence pour décrire le phénomène tel qu’il se donne à la conscience. Voir Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie (1913), Paris, Gallimard, 1950. Schaeffer transpose ce geste à l’écoute : mettre entre parenthèses la cause et le sens pour ne décrire que le sonore.
maison d’édition TL · série textes · collection INTERLIGNES
INTERLIGNES · N° 10
TOMMY LAWSON
Artiste sonore

Hi-fi, lo-fi : critique d’une hiérarchie de l’écoute

Article

Parmi les outils que R. Murray Schafer a légués à l’écologie sonore, la distinction du hi-fi et du lo-fi est l’une des plus commodes, et l’une des plus discutables. Je voudrais ici en éprouver les limites, non pour la rejeter en bloc, mais pour refuser la hiérarchie de valeur qu’elle installe presque à notre insu.

Deux régimes

Rappelons la distinction. Un paysage hi-fi, de grande précision, présente un rapport favorable du signal au bruit : les sons y sont perçus distinctement, sans encombrement ni effet de masque. Un paysage lo-fi, à l’inverse, est celui où les signaux sont si nombreux qu’il en résulte un manque de clarté, un masquage généralisé.1 Schafer prend la ville pour exemple type du lo-fi : tout y sonne en même temps, et plus rien ne se détache.

Une grille discutable

Cette grille de lecture me semble pourtant critiquable, et de deux façons. D’abord, l’effet de masque ne peut guère servir de critère absolu d’analyse, car il n’est pas de l’ordre du perceptible : une écoute simple, celle qui consiste à se mettre à l’écoute de l’environnement, ne permet justement pas de distinguer ce qui, par définition, reste inaudible. On juge alors d’un déséquilibre que l’on ne peut pas entendre.

Ensuite, et surtout, rien ne justifie de prendre parti contre un type de paysage donné. La notion de lo-fi porte une connotation négative, sans que l’on sache toujours pourquoi. À titre personnel, j’apprécie le grondement d’un train dans un tunnel, cette masse pleine et enveloppante, quand m’exaspèrent les stridulations des cigales méridionales, pourtant réputées « naturelles » et donc, dans la logique implicite de la grille, plus recommandables. Le partage du bon et du mauvais son ne recoupe pas celui du hi-fi et du lo-fi.

Confondre la santé et le goût

Le risque de cette hiérarchie a été bien identifié par le compositeur Francisco López : le discours sur le paysage sonore confond souvent des enjeux de santé et de communication avec un jugement esthétique.2 Qu’un excès de bruit nuise à la santé est une chose, et une lutte légitime ; qu’un paysage saturé soit laid ou pauvre en est une autre, qui relève du goût et non de la mesure. Confondre les deux, c’est habiller une préférence en vérité.

Pour une écoute sans hiérarchie

Je ne plaide pas pour l’indifférence, mais pour une écoute qui suspende son jugement de valeur a priori. Le lo-fi n’est pas un défaut à corriger, c’est un régime sonore, avec ses densités, ses masses, ses effets propres. Rendre l’oreille disponible à ces régimes, sans les classer d’avance, me paraît plus fidèle à l’expérience de l’écoute que toute grille, si commode soit-elle.

Références

Francisco López, « Schizophonia vs. l’objet sonore. Soundscapes and Artistic Freedom », 1997.

R. Murray Schafer, The Tuning of the World, New York, Knopf, 1977 (trad. fr. Le Paysage sonore, Marseille, Wildproject, 2010).

1
R. Murray Schafer, The Tuning of the World, New York, Knopf, 1977 (trad. fr. Le Paysage sonore, Marseille, Wildproject, 2010). Schafer emprunte le couple hi-fi / lo-fi au vocabulaire de la reproduction sonore et prend la ville pour milieu privilégié du lo-fi.
2
Francisco López, « Schizophonia vs. l’objet sonore. Soundscapes and Artistic Freedom », 1997. López y dénonce la confusion entre la critique de la pollution sonore, légitime sur le plan sanitaire, et une préférence esthétique déguisée en norme.
maison d’édition TL · série textes · collection INTERLIGNES
Informations légales

Mentions légales

tommylawson.art

Éditeur du site

Association Zone Libre, association loi 1901. Siège : Maison du Parc Technologique, ZAE d’Erbajolo, 20600 Bastia, France. SIRET 504 051 558 00014.

Directeur de la publication

Tommy Lawson.

Contact

tommy@zone-libre.org

Hébergement

OVH SAS, 2 rue Kellermann, BP 80157, 59053 Roubaix Cedex 1, France. SIREN 424 761 419, RCS Lille Métropole. ovhcloud.com

Propriété

Les textes, les photographies, les dessins et les pièces sonores présentés ici sont de Tommy Lawson, sauf mention contraire portée à côté de l’œuvre. Les travaux menés avec d’autres artistes restent la propriété conjointe de leurs auteurs.

Toute reprise d’un contenu de ce site suppose un accord préalable.

Données personnelles

Ce site ne demande aucune inscription, n’ouvre aucun compte et ne propose aucun formulaire. Il ne collecte aucune donnée personnelle par lui-même.

Écrire à l’adresse de contact transmet les informations que contient le message. Elles servent uniquement à répondre, ne sont ni cédées ni revendues, et sont conservées le temps de l’échange.

Conformément au règlement européen sur la protection des données, chacun peut demander l’accès aux informations le concernant, leur rectification ou leur effacement, en écrivant à l’adresse de contact.

Cookies et stockage

Ce site ne dépose aucun cookie et n’utilise aucun outil de mesure d’audience. Il garde seulement dans votre navigateur deux réglages de confort : le son de l’ambiance, coupé ou non, et la dernière image vue du bandeau d’accueil, pour vous en proposer une nouvelle à la visite suivante. Ces informations restent sur votre appareil et ne nous parviennent jamais.

Une page intègre un lecteur SoundCloud. Son affichage peut conduire SoundCloud à déposer ses propres cookies, sur lesquels nous n’avons pas la main.

Signaler une erreur

Une date fausse, un nom mal orthographié, un crédit manquant : écrivez-nous, la correction sera faite.

Carnet de textes · note d'auteur

Faire œuvre par et avec le son

La discographie NOSOUND écouter dans Son

Je n'ai jamais pensé ces albums comme une collection de morceaux. Ils forment un même geste, prolongé, une écriture qui avance par couches et par saisons. Ce que je développe sous NOSOUND est un travail d'auteur par et avec le son. Le pendant sonore des carnets photo, où le regard cède la place à l'oreille, et la matière devient timbre.

Chaque album est un territoire entre terra incognita et chemin balisé par la répétition et la boucle. CODES pose les fondations, une grammaire de gestes électroniques. C’EST LA VIE laisse entrer le souffle du réel, ce que le monde dit quand on tend l’oreille. ANEHO garde la trace d’un ailleurs, un nom qui appelle un climat, des souvenirs de mon enfance. Mr CLOUDY dérive dans les atmosphères, l’espace y devient épais, presque respirable. SUMPF s’enfonce dans une matière plus organique, plus trouble. NOCTURNE EXPRESS avance dans la nuit électrique, à vive allure. Et off / - tl, avec sa série Translation, tient le seuil, là où le son se retire et laisse affleurer autre chose.

Ces univers ne s'opposent pas. Ils font corps. D'un projet à l'autre, je trace le même chemin, celui d'un compositeur et d'un créateur sonore qui explore les timbres, les textures et l'espace. Le field recording y côtoie le traitement électronique, et parfois la création radiophonique vient rappeler que le son est aussi une parole, une manière de raconter le monde sans le nommer. Je travaille la matière sonore, en retirant plutôt qu'en ajoutant, jusqu'à ce que reste l'essentiel.

Il y a une chose que je poursuis à travers tout cela, presque à mon insu au début, puis de plus en plus consciemment : l'espace-temps qui se dissout à mesure que j’avance dans ce travail de recherche et d’expérimentation. Les premières pièces gardent une pulsation, un cadre, une durée qui se compte. Puis les repères s'effacent. Le temps cesse d'être une ligne pour devenir une étendue. On n'écoute plus une succession, on habite un lieu. C'est là, je crois, que se joue le vrai sujet de cette discographie, ce lent glissement de la mesure vers la présence.

NOSOUND n'est pas l'absence de son. C'est le son porté à son point de silence, le moment où il ne cherche plus à remplir mais à ouvrir. Un espace pour l'écoute, pour la lenteur, pour ce qui reste quand on a tout retiré.

Ces albums sont une œuvre en cours. Ils continueront de s'écrire, de se répondre, de se déplacer à travers leur cohérence souterraine d'un timbre à l'autre.

Carnet de textes · fondation

Vers un atelier d'édition d'auteur

Un atelier, l'édition d'auteur

Le point de départ

Cette série d'albums est un commencement. En les rassemblant sous le nom NOSOUND, j'ai vu se dessiner autre chose que des pochettes alignées : l'envie, longtemps tenue à distance, de créer une collection comme dans une maison d’édition. De ne plus disperser mon travail au gré des plateformes et des occasions, mais de lui donner un espace que je développe moi-même. Un lieu qui porte mon nom et ma manière, et où chaque publication répond à la précédente.

Ce lieu, je l'appelle pour l'instant un label, faute d'un mot plus juste. Mais très vite le mot déborde. Un label signe des artistes, construit un catalogue, cherche une couleur commune à des voix différentes. Ce n'est pas ce que je cherche. Cet espace est dédié exclusivement à mon propre travail de création. Une édition d'un seul auteur, où le catalogue et l'œuvre se confondent, où la ligne éditoriale n'est rien d'autre que la cohérence d'une vie de travail.

Un label qui serait une édition

Plus j'y pense, plus le modèle qui me vient n'est pas celui du disque mais celui du livre. Une édition, avec ses collections, ses tirages, ses formats, sa temporalité lente. Une édition qui publie, au sens plein du mot, c'est à dire qui rend public un travail en lui donnant une forme arrêtée, soignée, tenue.

Car mon travail n'est pas seulement sonore. Il y a les albums et tout mon travail de création et les performances, oui, mais il y a aussi les carnets photographiques, les CARNET NOIR et leurs séries couleur, les villes et les déserts. Il y a les écrits, ces textes que je rassemble dans le Carnet de textes et qui accompagnent, prolongent, parfois précèdent les œuvres. Une maison d'édition d'auteur peut tenir tout cela ensemble sans le trahir. Le disque devient une publication parmi d'autres. Le fanzine en devient une autre. Le texte une troisième. Et c'est leur dialogue qui fait l’atelier, bien plus que le support.

Le Carnet de textes comme matière vive

Dans cette tentative d’éprouver un cahier éditorial, l'écrit n'est pas un accessoire. Il en est le fil rouge. Les textes du Carnet ne servent pas seulement à présenter les œuvres, ils nourrissent l'évolution même du projet. Ils sont le lieu où je pense ce que je fais, où je formule les intuitions avant qu'elles ne deviennent des pièces, où je relis mon propre parcours pour en dégager la ligne.

Un manifeste, une note d’intention, une réflexion sur l’écoute ou sur le noir, tout cela est déjà de la matière éditoriale. En les gardant vivants, en les laissant se répondre d’une année à l’autre, je construis peu à peu la pensée de l’atelier. Le label ne sera pas d’abord une marque ni un logo. Il sera un réservoir, une manière de dire et de faire, dont les textes fixent la mémoire et dessinent l’avenir.

Les niveaux d'évolution

Je vois cet atelier grandir par paliers, sans précipitation.

Le premier palier est déjà là. C’est la discographie NOSOUND, le socle sonore, la première collection publiée sous le nom de l’édition. Elle affirme une écriture et une exigence.

Le deuxième palier est l’écrit. Rassembler et éditer le Carnet de textes comme une collection à part entière, avec ses billets d’auteur et ses notes, donne à l’atelier sa voix réflexive. Le lecteur y trouve la pensée qui sous-tend les œuvres, et en tant qu’auteur j’y trouve l’espace pour me déplacer.

Le troisième palier est l'image. Les carnets photographiques, déjà nombreux et structurés, deviennent une collection d'éditions, chacune avec sa charte, sa couverture, son colophon. L’atelier publie alors dans trois langues à la fois, le son, le texte et l'image, sans que l'une prenne le pas sur les autres.

Le quatrième palier est le croisement. Des publications hybrides, où un album répond à une série d’images, où un texte porte une pièce sonore, où un objet édité tient les trois ensemble. Ce sont ces croisements qui feront la singularité de l’édition, ce que ni un label ni un éditeur classique ne pourraient produire sans la singularité de l’artiste et de l’auteur.

Vers une édition d'auteur

Le label que je cherche est peut-être celui-là : une édition d'auteur. Non pas au sens comptable du compte d'auteur, mais au sens plein, celui d'un atelier où l'auteur est aussi l'éditeur de son propre monde. Où il décide des formes, des rythmes, des seuils. Où il assume la lenteur et la cohérence contre la dispersion et l'urgence.

Je passe du son à l’image, de l’image au texte, et je trouve dans ce passage la matière même de mon travail. C’est cela, au fond, que je souhaite développer : un espace éditorial à la mesure d’une œuvre qui ne tient pas dans une seule case.

Carnet de textes · convergence

L'Édition, convergence et départ

Tommy Lawson et Zone Libre, un seul espace

Un seul espace

D'un côté Tommy Lawson, l'auteur, le compositeur, le photographe. De l'autre Zone Libre, le festival, les parcours d'écoute, l'aventure collective des arts sonores. Je vois aujourd'hui qu'ils n'ont jamais cessé d'être la même chose.

Ce que je recherche est précisément ce point où les deux se rejoignent. Non pas un site qui en avalerait un autre, mais une entité unique où mes différentes voix cohabitent sous une même bannière. C’est à la fois le point de convergence de tout ce que j'ai fait et le point de départ de ce qui vient. Il est l'endroit où le parcours se rassemble pour repartir.

Une même démarche sous deux noms

Que je m'exprime comme Tommy Lawson ou comme Zone Libre, le geste est identique. Il s'agit toujours de trouver et de créer un espace de diffusion, un lieu où mon travail et celui des autres peuvent se déployer, être vus, être entendus, être lus. Sous mon nom propre, cet espace prend la forme d'une œuvre d'auteur. Sous le nom de Zone Libre, il prend la forme d'un territoire partagé, d'un festival, d'une écologie du son. Mais la démarche est la même, et elle vient du même endroit.

Cet endroit, c'est mon expérience. Elle en est le fruit, la conséquence naturelle d'un parcours qui, à force de traverser des mondes, a fini par n'en former qu'un.

Le parcours comme fondation

Mon parcours a commencé avec les créations pour la danse contemporaine, dans le corps et le mouvement, à composer pour ce qui se joue en direct. J’ai travaillé la performance et les installations, ces formes où le son devient espace et où le spectateur devient traversant. J’ai été très tôt attiré par le field recording, l’écoute du monde tel qu’il sonne, la captation comme geste premier. Et j’ai fait de la photographie une autre manière d’enregistrer le réel, de l’interpréter, de le tenir, de le rythmer.

Mon projet est simple à énoncer et vaste à accomplir : mettre en écriture, en image et en son mes espaces de création. Prendre ces lieux où quelque chose s’invente, la scène, la rue, le désert, la ville, l’atelier, et en garder trace dans les trois pratiques. Cet espace est cet atelier élargi où le travail se dépose et se transmet.

Les collaborations et les projets nomades

Rassembler mon travail dans un même espace ne veut pas dire me refermer. Au contraire. L’Atelier n'exclut ni les multiples collaborations qui ont jalonné mon parcours, ni les projets nomades qui m'emmènent hors les murs. Comme une maison, l’Atelier a des portes et des fenêtres. Il accueille, il laisse partir, il voyage.

Beaucoup de mes pièces sont nées de rencontres, de commandes, de résidences, de gestes partagés avec d’autres artistes. L’Atelier est pensé et organisé pour tenir cette part collective sans la dissoudre dans mon seul nom. Il est le lieu fixe d’un travail mobile, l’ancrage à partir duquel je continue de me déplacer, de répondre à des invitations, de tisser des projets ailleurs et avec d’autres.

Les réseaux qui portent le projet

Une démarche personnelle n’avance jamais seul. De mon travail se sont tissés, au fil des années, des liens et des réseaux sans lesquels rien de tout cela ne tiendrait. Je pense en premier lieu à Transcultures et à Philippe Franck, dont le compagnonnage a tant compté pour les formats audio poétiques, ces créations où le son et la parole se rencontrent, où la radio devient espace de création. C’est dans ce réseau que certaines de mes formes ont trouvé à exister, à être diffusées, à dialoguer avec d’autres démarches.

Il y a aussi tous les partenaires du festival, les artistes des arts sonores, les lieux et les complices qui ont fait de Zone Libre une aventure collective. L’Atelier hérite de ces réseaux et cherche à les prolonger. Il n'est pas seulement l’espace de mon travail, il est aussi la mémoire vivante des liens qui l'ont rendu possible.

Un Atelier qui met en écriture, en image et en son les espaces où je crée, qui garde ses portes ouvertes aux collaborations et aux voyages, et qui n'oublie pas les réseaux et les amitiés qui l'ont porté.

Carnet de textes · présentation d'album

CODES

glitch · expérimental · textures · face abrasive écouter dans Son

CODES est la porte d'entrée par la matière la plus brute, le signal poussé jusqu'à ce qu'il craque, le geste qui cherche la limite avant de reculer. Rien n'y est lissé. J'y travaille l'erreur comme une ressource, le grain comme une écriture, la saturation comme une couleur.

Ce sont des pièces de laboratoire, nées de longues séances où je casse et recompose, où je laisse la machine déraper pour aller vers de nouveaux territoires sonores. Le titre de l'album nous renseigne sur cette quête, vers un langage de signes, une grammaire de gestes électroniques qui trace le sillon.

On y entend l'énergie du chantier, la ville en arrière-plan, le bruit tenu à distance puis rappelé. C'est un album de seuils et de coupes, abrasif à dessein. Sous la rugosité, il y a une exigence, celle de ne garder que ce qui fait corps et sonore.

Carnet de textes · présentation d'album

C'EST LA VIE

narratif · gestes · scènes · presque parlé écouter dans Son

Ici les pièces racontent chacune une petite scène, un fragment de vie saisi et prolongé, comme on garderait la trace d'une conversation entendue de loin. C'est l'album le plus proche du récit, celui où le son se fait presque parole.

Les sons y sont retenus, tendres parfois, souvent teintés d’une ironie douce. Je compose comme on écrit des nouvelles, par touches, en laissant chaque morceau tenir son histoire sans la surcharger. Le titre est un haussement d’épaules et une tendresse à la fois, une manière d’accueillir ce qui vient. J’aurais pu titrer « amor fati », la pensée est la même…

Beaucoup de ces pièces sont nées en déplacement, dans ces temps flottants du voyage où l'on observe sans intervenir. On y entend des lieux, des présences, des bribes de réel captées puis reposées dans la matière.

C'est un album de passage, un carnet de scènes.

La vie, telle qu'elle sonne.

Carnet de textes · présentation d'album

ANEHO

live · performance · captations brutes · l'ailleurs écouter dans Son

ANEHO porte un nom qui appelle un climat, un ailleurs, une chaleur. C'est l'album de la scène et du direct, celui qui garde l'énergie de l'instant sans la corriger. Des captations, des versions live, la trace de ce qui s'est joué une fois et ne se rejouera pas de la même façon.

J'aime dans ces pièces ce qu'elles ont d'imparfait et de vivant. On y entend le lieu, le public parfois, l'espace qui répond. Le geste y est plus large, plus risqué, porté par la présence physique du moment.

C'est un album nomade dans l'âme, fait de ce que le voyage dépose quand on accepte de jouer là où l'on passe. Les paysages sonores s'y invitent d'eux-mêmes, captés en chemin, mêlés à la performance. ANEHO garde la trace d'un ailleurs, un nom qui appelle un climat, des souvenirs de mon enfance.

Brut, ouvert, traversé de courants d'air. ANEHO est le carnet de route au sens le plus direct, celui où la musique se fait dans le mouvement et dans l'instant.

Carnet de textes · présentation d'album

Mr CLOUDY

atmosphères · dérive · espace épais · météo intérieure écouter dans Son

Mr CLOUDY dérive dans des atmosphères, là où l'espace devient épais, presque respirable, où l'on avance dans une brume qui ne se lève jamais tout à fait. Le temps y ralentit, les contours se troublent, l'écoute devient contemplative.

J'y travaille la nappe et le halo, les longues tenues qui enveloppent, les climats plus que les événements. Chaque pièce est une météo intérieure, un ciel bas et doux que l'on traverse sans hâte. Le personnage du titre est une humeur autant qu'une figure, une manière d'habiter le flou.

Ces morceaux sont nés dans la lenteur, entre deux voyages, dans ces moments où l'on regarde par la fenêtre sans penser à rien. On y sent la mer, la vapeur, l'horizon incertain.

C'est un album pour se perdre un peu, pour laisser l'oreille flotter. Un abri de nuages, doux et sans repère.

Carnet de textes · présentation d'album

SUMPF

drone · immersion · le grave et l'immobile · matière trouble écouter dans Son

SUMPF s'enfonce. Le mot dit le marécage, la matière organique et trouble, le fond où la lumière se raréfie. C'est l'album le plus immersif, celui du grave et de l'immobile, des drones qui ne bougent presque pas et qui pourtant travaillent l'oreille en profondeur.

J'y compose par masses lentes, par nappes denses, en cherchant ce point où le son cesse d'être une succession pour devenir un lieu où l'on entre. Il faut du temps pour y descendre, et c'est le but. On s'installe, on s'immerge, on laisse le grave nous tenir.

Ces pièces sont des paysages sonores plus que des morceaux, des étendues plutôt que des récits. Elles viennent d'une écoute patiente du monde, de ces bruits de fond que l'on n'entend plus et que je ramène au premier plan.

SUMPF est un fond où l'on respire lentement.

Carnet de textes · présentation d'album

NOCTURNE EXPRESS

nuit électrique · vive allure · glitch · le passage écouter dans Son

NOCTURNE EXPRESS file dans la nuit. C’est l’album du mouvement, du train de nuit, de la ville électrique qui défile derrière la vitre. Après l’immobilité de SUMPF, voici la vitesse, la pulsation, l’énergie du déplacement. Son univers est l’inspiration que j’ai ressentie en traversant le village de Bawiti en Égypte aux portes du désert, une nuit à la chaleur suffocante.

Le rythme et le cut up, le glitch et la relance, sont des motifs qui reviennent comme des lampadaires dans l’obscurité. Le Hub en est le cœur battant, un point de passage que j’ai souhaité traverser plusieurs fois sous des lumières différentes. Tout y est transit, seuil, correspondance.

J’ai composé ces pièces sur la route et dans la nuit, de ces longues traversées où l’on ne dort pas vraiment, où le paysage se réduit à des éclats. On y entend la ville sans la voir, le mouvement plus que la destination.

C’est un album nerveux et nocturne que j’ai composé à vive allure. Le carnet des trajets qui n’en finissent pas, entre deux villes, entre deux vies.

Carnet de textes · présentation d'album

DAY LIGHT

lumière du matin · quai · vapeur · le point de départ écouter dans Son

DAY LIGHT c'est l'appel du jour qui se lève. Après la nuit, la lumière froide du matin, le quai désert, la vapeur qui monte de l'eau, la ville qui s'éveille lentement, aux seuils clairs, des premières heures.

J'y cherche une clarté un peu grise, une douceur minérale, la lumière pâle qui découvre les choses sans les réchauffer encore. Les pièces s'ouvrent comme on ouvre une fenêtre, elles prennent leur temps, elles avancent vers l'horizon. Le titre du projet et celui d'une de ses pièces se répondent, comme un thème et sa source.

Ces morceaux sont nés dans ces matins de voyage où tout est encore possible, où l'on part sans savoir tout à fait vers quoi. On y entend le pavé mouillé, l'écho du quai, l'air froid du départ.

DAY LIGHT est l'envie de reprendre la route.

Carnet de textes · présentation d'album

off / - tl

seuil · retrait · silence · translation écouter dans Son

Là où le son ne cherche plus à remplir mais à ouvrir, là où il se retire pour laisser affleurer autre chose. C'est le seuil de la série, son point de silence, le moment où NOSOUND dit vraiment son nom.

Les pièces, réunies sous le signe de la translation, sont des déplacements, des glissements d'un état à un autre. Je questionne la soustraction comme un plein, l'espace laissé vide, la présence qui naît de l'absence. Tout y est en léger décalage, comme une image qui bouge doucement hors du cadre.

Sur la pochette, une silhouette avance sur un quai dans un faisceau de lumière zénithale. C'est l'image juste de cet album, un homme seul dans la nuit bleue, entre l'eau et le mur, au bord, sur le point de disparaître.

off / - tl est un album de lenteur extrême et de dépouillement. Le carnet du presque rien, où l'écoute se fait la plus attentive.

Carnet de textes · présentation d'album

SOLARIS

solaire · ambre · mer · chaleur · contemplation écouter dans Son

SOLARIS est baigné de lumière chaude. Le soleil bas sur la mer, l'ambre du soir, la chaleur qui persiste après une longue journée. C'est mon album le plus solaire, un contrepoint lumineux aux nuits électriques et aux fonds troubles.

J'y compose des étendues douces et rayonnantes, des nappes qui prennent la couleur du couchant. On regarde l'horizon à travers un grillage, comme sur la pochette, et cette légère barrière rend la beauté plus poignante encore. Il y a de la contemplation dans ces pièces, une manière de s'arrêter et de laisser le jour finir.

Ces morceaux sont nés face à la mer, dans ces moments suspendus où le voyage se fait immobile. On y entend la houle lointaine, la lumière qui décline, la paix un peu mélancolique du soir.

SOLARIS est le carnet du soleil qui s'en va, doucement, sans bruit.

Carnet de textes · présentation d'album

DEEP TONES

graves profonds · matière · sépia · poussière · lenteur écouter dans Son

DEEP TONES descend dans les basses. C'est l'album des graves profonds, des tons qui vibrent sous le seuil, de la matière chaude et terreuse. Une teinte sépia, une poussière suspendue, quelque chose de minéral et d'ancien.

Je traite le grave comme une couleur, les basses fréquences qui remplissent l’espace sans le saturer, les résonances lentes qui font trembler l’air. Le son y est dense, enveloppant, presque tactile. On ne l’écoute pas de loin, on le ressent dans le corps.

La poussière et la brume de la pochette disent bien ce climat de ces pièces, un paysage estompé où les formes se devinent plus qu'elles ne se voient.

Carnet de textes · présentation d'album

AN DOHMAN, Vol 1 et Vol 2

recherche · réalité mixte · légende celtique · collaboration écouter dans Son

AN DOHMAN n'est pas tout à fait un album comme les autres. C'est la trace sonore d'une aventure de recherche, une collaboration avec Gaëtan Le Coarer autour d'une expérience de réalité mixte, virtuelle et augmentée, qui adapte une légende celtique irlandaise, La Mort tragique des enfants de Tuireann.

Dans ce dispositif, un ou plusieurs corps s'immergent, casque sur les yeux ou téléphone en main, et je performe le son en direct. Je déploie un paysage sonore ancré dans la narration, qui suit les mouvements de l'utilisateur et témoigne par l'oreille de ce qu'il traverse. Le son n'illustre pas, il accompagne, et parfois il provoque.

Ces deux volumes rassemblent l'écriture sonore de cette expérience, entre noir, blanc et son, contracté et abstrait. Ils fouillent les recoins les plus sombres du récit et les nouveaux espaces de narration qu'ouvrent ces technologies. Portée par Transcultures et les Pépinières Européennes de Création, cette rencontre entre les sciences de l'art et les sciences de l'information et de la communication fait entrer NOSOUND dans le champ de la recherche.

C'est un carnet d'un autre genre, celui où le son devient outil d'exploration autant que matière sensible.

Carnet de textes · son et écoute

D'un monde sonore à l'autre

Démarche de création. Parcours sonore géolocalisé, Biennale ARTour, La Louvière, 2023. écouter dans Son

De manière continue, les espaces et les sons entrent en résonance. Ils génèrent entre eux une interactivité qui façonne des paysages sonores. Voyons-nous et écoutons-nous ces paysages ? Comment parvenir à les révéler, à sonder leurs différentes dimensions, à comprendre les processus qui les constituent ?

Il s'agit d'appréhender le territoire, le monde environnant quotidien, d'une manière différente, en mobilisant et en aiguisant le sens de l'écoute, afin de générer, par un processus de phénoménologie sonore, des représentations inédites qui révèlent de nouveaux paysages, d'une richesse et d'une poésie insoupçonnées.

Le travail que j’ai mené se situe au centre de La Louvière. Un repérage, à la fois minutieux et poétique, me permet de dessiner une carte du territoire tissée de sons et de paroles de riverains. En me guidant de cette carte, je pars à l’écoute et à la collecte des sons et des bruits environnants. Vient ensuite l’élaboration en studio : sélection, montage, mixage, transformation des échantillons en formes sonores agencées. Le résultat est livré sous forme d’une balade géolocalisée sous casque, via l’application SoundWays, sur les traces de Pol Bury et d’Achille Chavée.

Carte du parcours D’un monde (sONore) à l’autre, La Louvière
Carte du parcours et points d’écoute, en boucle au départ de la place Mansart, centre de La Louvière.

Mode d’emploi

J’ai enregistré la plupart des sons à La Louvière, de la place Mansart au Passage de l’Éléphant Blanc, jusqu’au Parc Gilson. Les lieux traversés apparaissent sous forme de bulles sonores sur la carte de l’application. Le parcours chemine en boucle au départ de la place Mansart. Ne marchez pas trop vite, un compteur indique la durée de la bande son correspondant à la zone où vous êtes. Application SoundWays, sur Android et iOS.

Carnet de textes · son et écoute

Bega’s Tales

Démarche de création. Balade sonore géolocalisée, Sonic Narratives, festival Simultan, Timișoara, 2021. écouter l’album dans Son

Notre environnement sonore peut être considéré comme un flux de sensations et d’informations, produit par des activités et des circulations, humaines surtout. Ces flux peuvent être captés, enregistrés, analysés, et constituer la matière d’une création.

À partir de fragments sonores enregistrés in situ, j’agence des mini-récits, ou plutôt des « cartes postales » sonores, dont l’écoute amplifiée au casque révèle la musicalité et la dimension poétique. La conception fait appel aux sources ordinaires d’un lieu, mais aussi à des éléments musicaux électroacoustiques et électroniques, conçus dans un rapport étroit avec l’atmosphère existante.

Au bord de la Bega, j’ai arpenté la rive droite et la rive gauche pour recueillir paysages sonores, climats et récits d’habitants. Il en résulte une création dans laquelle on plonge comme un témoin invisible au milieu de l’action : le récit se déploie au travers d’ambiances, d’indices, d’espaces caractérisés qui nous relient à un ailleurs, distant, fictionnel.

Carte du parcours Bega’s Tales, Timișoara
Carte du parcours : dix points d’écoute et le pont, du ponton de Sfânta Maria jusque sous le pont final.

Mode d’emploi

Le parcours part du ponton du vaporetto de Sfânta Maria. Attendez d’être sur le ponton pour lancer l’application : la première piste se déclenche d’elle-même. À la fin du morceau « New York – New York », quittez le ponton par la promenade piétonne. Entre les points 6 et 7, le pont devant le bâtiment Nokia porte sa propre piste, à écouter en marchant lentement. Traversez-le, tournez à gauche et rejoignez l’autre rive par la promenade le long de la Bega. Le point 10, fin de la balade, se trouve sous le pont. Marchez lentement, attention aux piétons et aux vélos. Mode in situ ou à distance, application SoundWays, écouteurs conseillés.

Carnet de textes · son et écoute

Campus Sonore

Démarche de création. Balade sonore géolocalisée, Università di Corsica Pasquale Paoli, Corti, 21 au 28 septembre 2021. Avec Jean Daniel Bécache, sound design. Missione Creatività. voir dans Projets de territoire

Notre environnement sonore peut être considéré comme un flux de sensations et d'informations, produites par diverses activités et circulations, notamment humaines. Ces flux peuvent être captés, enregistrés, analysés, et constituer le matériau d'une création artistique.

À partir de fragments sonores enregistrés in situ, entre le Campus Mariani et le Campus Grimaldi, l'artiste sonore Tommy Lawson et le sound designer Jean Daniel Bécache agencent des mini récits, des cartes postales sonores, dont l'écoute amplifiée au casque révèle la grande musicalité et la dimension onirique.

Pendant la semaine de résidence, les deux artistes dessinent une carte du territoire tissée de sons. Ils collectent les bruits naturels et les activités humaines du campus, interrogent étudiants, enseignants et personnels, puis composent en studio mobile une série de cartes postales sonores géolocalisées. Au fil de la déambulation, les lieux traversés déclenchent les pièces et révèlent une écologie sonore du campus.

Carte du parcours Campus Sonore, campus de l'Università di Corsica, Corti
Carte du parcours et zones d'écoute, campus de Corte, application SoundWays.

Mode d’emploi

La plupart des sons ont été enregistrés sur le campus et autour, y compris certaines musiques et certains chants. La flèche indique la direction du haut du téléphone. Dirigez-vous vers le centre des zones, de zone en zone, vous mixez la matière avec votre déplacement. L’expérience est commutable, en mode in situ pour vivre la balade directement sur le campus, ou en mode à distance pour l’écouter confortablement installé chez soi. Application SoundWays.

Protocole méthodologique

Schéma du protocole méthodologique de la résidence Campus Sonore, huit jours
Le protocole de la résidence en huit jours, de la préparation à la diffusion, étapes, objectifs, contenus et moyens techniques.
Carnet de textes · note d'atelier

Goolash

Pièce électronique, d'après des lectures sonores en prison, Corse.

Composé à la suite d'une série de performances, lectures et pièces sonores menées avec la comédienne Charlotte de Casanova dans deux prisons de Corse, Goolash fait référence au Goulag et à l'isolement que peut ressentir le visiteur pendant ces quelques heures passées en prison. On en sort libre de retrouver son monde confortable, tandis que les détenus y restent enfermés.

Carnet de textes · note d'atelier

Der König

Musique électronique pour le dispositif de réalité virtuelle An Domhan, de Gaëtan Le Coarer.

Performance de musique électronique composée initialement pour le dispositif de réalité virtuelle An Domhan de Gaëtan Le Coarer, d'après une légende celte. An Domhan, la Terre en irlandais, devient un personnage tiers du récit, élément témoin et lieu de sépulture, origine et finalité de la tension entre les deux héros.

Carnet de textes · regard critique

Bienvenue dans l'hyperréel

par Philippe Franck. Texte paru dans le catalogue de la Biennale ARTour, Entre Mondes, 2023.

Critique d’art et commissaire, il dirigeait Transcultures et les Pépinières européennes de création. Philippe Franck a accompagné plusieurs de mes créations et certains projets de Zone Libre. Dans ce texte du catalogue de la Biennale ARTour 2023, il médite sur les entre mondes et l’hyperréel à l’ère du numérique.

« Nous sommes devenus nos propres demi dieux païens, via nos avatars et nos infinies projections de nous mêmes. »

Philippe Franck nous a quittés en janvier 2025. Le texte intégral est disponible dans le catalogue ARTour 2023 et chez Transcultures.

Carnet de textes · écologie sonore

Éclats Sonores

Une écologie du sonore en milieu urbain. voir dans Projets de territoire

La ville est à la fois le cadre de nos gestes quotidiens et le produit de nos usages. On la traverse sans plus l’entendre. J’ai créé Éclats Sonores en 2016, d’un désir simple, redonner de l’oreille à l’espace public, faire de l’écoute une manière d’habiter et de s’approprier la ville.

Au croisement de l’art sonore et de l’écologie, je considère dans ma démarche l’environnement sonore comme une matière sensible, un patrimoine vivant que l’on peut arpenter, collecter, recomposer. Ma pratique est étroitement liée à la marche. Marcher pour écouter, tendre l’oreille, ou sous le casque, et découvrir qu’un lieu sonne autrement dès qu’on y prête attention. Là où l’on ne percevait que du bruit surgissent des plans, des textures, une musicalité insoupçonnée du quotidien.

Éclats Sonores n’est pas une œuvre à proprement parler, c’est une démarche et un atelier permanent. Trois axes s’y croisent, la création, la diffusion et la sensibilisation. J’organise des parcours d’écoute pour réapprendre à entendre, des parcours de collecte pour appréhender l’acoustique de la ville, son architecture et son patrimoine, des ateliers de design sonore pour recomposer, à partir des sons glanés, des paysages partagés. Et au bout, je réalise avec les apports des participants des œuvres collectives, conçues, diffusées et appropriées par celles et ceux qui les ont traversés.

J’ai toujours pensé le projet en direction de tous, habitants du centre ancien et des quartiers prioritaires, enfants, adolescents et seniors, classes des écoles, collèges et lycées, étudiants de l’Université de Corse. Mon objectif : faire de l’écoute un bien commun, un vecteur de lien social autant qu’une expérience esthétique. C’est la conviction qui tient ce travail depuis l’origine.

Une généalogie, au fil des années

De Jardins Sonics, installation multicanal dans les jardins suspendus du musée de Bastia en 2014, aux premières balades casquées, mon intuition se précise. En 2016, le manifeste fondateur, Une écologie du sonore en milieu urbain, lui donne sa forme, porté par le Collectif Art Mouv’ et Zone Libre, dans le cadre de la politique de la ville et de la Semaine du Son, dont Zone Libre est membre associé depuis 2014.

Les années suivantes m’ont permis de déployer le projet, éditions successives de la Semaine du Son, installations à Una Volta, parcours géolocalisés dans les quartiers sud et le Centre ancien, ateliers dans les écoles et les lycées, de Gaudin à Scamaroni et Giocante. De 2018 à 2022, j’ai décliné Éclats Sonores en quatre volets dans les quartiers prioritaires, jusqu’à le prolonger, en 2025, dans le podcast URBASON, documentaire sonore sur le chez soi.

Dix ans après le premier geste, Éclats Sonores demeure le laboratoire à ciel ouvert de Zone Libre, l’endroit où l’écoute devient un projet de territoire que je porte depuis les premières actions.

Carnet de textes · démarche · regard

L'oreille du regard

Comment le plateau a formé mon œil. Du spectacle vivant à la photographie.

Avant l'image fixe, il y a eu vingt ans de plateau. Avec la compagnie Art Mouv', fondée à Bastia en 1998, j'ai composé pour la danse contemporaine, la vidéo danse, la performance in situ, dans des théâtres comme dans des lieux atypiques, du musée de La Paz à la cour d'honneur d'une université de Sucre, de La Havane à Bamako. Mon métier était d'écouter un espace et d'y faire entrer le son, au plus près du corps et du lieu.

C’est cette oreille-là qui cadre aujourd’hui mes photographies. Je n’ai pas appris à voir dans un atelier de photographie, j’ai appris à voir en plaçant des micros, en cherchant la juste distance entre un son et un mur, entre un geste et son écho. La même attention au lieu, au passage, à la lumière, qui me servait à composer une bande sonore, me sert maintenant à composer une image. Photographier, pour moi, c’est encore écouter un lieu, mais avec les yeux.

Le spectacle vivant m'a aussi appris la réactivité, la composition instantanée, ce rapport au plateau où il faut décider vite et tenir l'équilibre entre l'écrit et l'imprévu. En photographie de rue et de nuit, c'est la même chose, saisir le passage avant qu'il ne se referme. La danse m'a donné le sens du mouvement et du seuil, le son celui de la matière et de la durée, la photographie en est l'arrêt, l'instant où tout se condense.

C'est pourquoi je dis que mon œil a une oreille. Les trois disciplines, danse, son, image, ne se succèdent pas dans mon parcours, elles se répondent. Le territoire est ma partition, et le regard, un acte d'écoute.

Carnet de textes · écoute · démarche

Phénoménologie du paysage sonore

L'écoute comme acte situé. en complément du fil Recherche.

Mes pratiques de créateur sonore m'incitent à travailler de manière contextuelle, en appréhendant les particularités d'un territoire et du monde environnant. J'aiguise le sens de l'écoute pour générer, par un processus de phénoménologie sonore, des représentations inédites qui révèlent de nouveaux paysages. Cette approche sensible de la mise en espace du son me permet de recomposer l'espace comme un territoire vivant, qui interagit avec le promeneur écoutant.

Je considère la ville comme un lieu où se rencontrent des sonorités, bruits naturels ou industriels, malgré les pollutions sonores. Je tente de dégager des ambiances vécues lors de mes captations, à différentes heures, dans différents lieux. Cela place l'espace comme paramètre d'une œuvre, et l'importance accordée au contexte d'écoute questionne notre perception du monde. Comment rendre les ambiances urbaines musicales, en y prélevant in situ une matière sonore que l'on retravaille et recompose ?

L'écoute au casque, binaurale, devient un moyen de transcender ce que l'on voit. Le casque, objet d'écoute individuelle, ouvre une perception plus intérieure du paysage, il transforme la dimension visuelle de la ville. Pour écrire ces déambulations, j'ai identifié quatre niveaux de narration, les voix, les bruits, l'atmosphère et la musique.

Le paysage sonore n'est pas un objet figé. C'est une méthode d'observation et d'expérimentation, une manière d'habiter et de s'approprier un lieu. Il se vit et se propage in situ, et il se fabrique, se transforme, pour produire un récit fictionnel et audio poétique. C'est le sujet socle de tout mon travail de territoire, écouter, analyser, capter, puis recomposer.

Carnet de textes · écoute · dispositifs

Les formes de l'écoute

Concert allongé, casques, cinéma pour les oreilles, sphère.

Au cœur de mes projets Zone Libre, une pièce ne se contente pas d’être jouée : elle invente la manière dont on l’écoute. Avant d’être un répertoire d’œuvres, ma démarche est celle d’un atelier de dispositifs, des situations d’écoute où le corps, l’espace et l’attention comptent autant que le son lui-même. Depuis 2014, quatre formes reviennent dans mes réalisations, chacune déplaçant un peu la frontière entre le concert et l’expérience.

Le concert allongé. Le public prend place sur des chaises longues, on ferme les yeux, on laisse le plafond disparaître. J’aime que pour cela, débarrassée de la scène frontale et du regard que le public porte généralement sur ce qui est en train d’être exécuté, l’écoute devient une traversée : le drone et la boucle enveloppent, le temps se dilate, la vigilance se relâche. C’est lorsque le public ne fait plus face à la musique, qu’il est dedans, que mes œuvres trouvent leur place dans l’espace.

Le concert sous casques. À l’inverse de la salle partagée, je propose au public de faire l’expérience au casque avec un contenu sonore binaural pour que chacun se referme dans une bulle intime. Mon traitement de la spatialisation y devient chirurgical : un souffle passe derrière la nuque, une voix se pose à l’oreille. La même pièce, des écoutes solitaires et simultanées, chacune dans son espace intérieur.

Éclats sonores, cinéma pour les oreilles. Dans le noir, sans image, mes projets autour de l’acousmatique rendent au son ses propriétés de projection. Privé de ce qu’il verrait, l’auditeur fabrique ses propres images ; la salle obscure, dans sa demi obscurité, devient un écran mental. C’est le pari le plus radical dans mes travaux : croire que l’oreille, seule, suffit à faire naître un paysage.

Le concert sous la sphère, avec les techniques de diffusion ambisoniques et le dôme de haut-parleurs, fait partie de mes projets récents, pour lesquels ma collaboration avec Armand Lesecq et Jean-Daniel Bécache a été très fructueuse. Le son cesse d’avoir une source pour devenir un volume. Il tourne, monte, plonge ; l’espace entier se met à sonner et à vibrer. On n’écoute plus une direction mais une sphère, une architecture invisible dans laquelle on entre.

Quatre dispositifs, une même conviction : l’écoute n’est pas un état passif mais un geste, une posture que l’on façonne. En choisissant la position du corps, la lumière, la présence ou l’absence d’image, mes projets ne diffusent pas seulement des œuvres, ils composent des façons d’entendre.

Carnet de textes · note d'atelier · méthode

L'atelier laboratoire et l'instrument

Se former autrement, et fabriquer ses propres outils.

Je me suis formé pour une grande part en autodidacte, mais de façon structurée. À Bastia, dans un atelier de travail fixe et spacieux, j'organise depuis des années la venue de facilitateurs, confrères, développeurs, ingénieurs, en résidence de quelques jours à un mois. Ces accueils sont le cadre de véritables laboratoires de recherche, autour des dispositifs que je veux concevoir et produire. Le facilitateur n'est pas seulement un transmetteur de connaissance, il me permet aussi d'acquérir certains savoirs par moi même.

Cette posture d’apprenant, je la cultive comme un dispositif et non comme un simple appoint. Curiosité, ténacité, goût du risque intellectuel, capacité à avancer dans l’incertitude de la réussite, ce sont les ressorts d’une autoformation que j’évalue moi-même, à mon rythme, par l’épreuve des situations concrètes, des conférences et des séminaires.

De cette méthode est né, entre autres, eSPAT, mon dispositif de diffusion ambisonique. Plutôt que d’adopter un outil tout fait, j’ai voulu fabriquer le mien, en luthier informatique. À partir de briques existantes, Ableton Live, le moteur de spatialisation Panoramix de l’IRCAM, le protocole OSC, une tablette tactile, j’ai construit un instrument de spatialisation que je joue comme on joue d’un instrument, en concert en performance ou dans le cadre d’un workshop. L’outil n’est pas un moyen neutre, il devient une part de l’œuvre.

Cette manière de faire, accueillir, expérimenter, fabriquer, traverse tout mon travail. Le carnet, l'album, le parcours sonore, et jusqu'à ce site, sont des objets sortis du même atelier laboratoire. C'est sans doute ce qui les rend personnels, et difficilement reproductibles, ils portent la trace de la méthode qui les a fait naître.

Carnet de textes · Festivale di l'arti sonori

Festivale di l'arti sonori

Le carnet d'auteur du Festival des arts sonores Zone Libre. Mes éditos, édition après édition, et les moments forts des programmations. voir le festival dans Projets de territoire

Depuis sa refondation en 2021, le Festival des arts sonores Zone Libre, Festivale di l’arti sonori, écrit chaque année sa partition à Bastia. Voici, d’édition en édition, les éditos et les textes que j’ai signés en ouverture, et quelques moments forts des programmations. Cet espace est ouvert : il accueillera, au fil du temps, d’autres voix amies de l’écoute et du territoire.

2025, septième édition

Bastia, dédiée à Philippe Franck.

Pour sa septième édition, le festival des arts sonores Zone Libre revient avec une programmation riche et engagée qui célèbre la diversité et la créativité, à travers des concerts, des performances, des installations et des expositions qui nous renseignent sur le pouvoir transformateur du son. Des paysages sonores ambiants au bruit expérimental à haute énergie, le Festivale di l’arti sonori met en valeur le patrimoine culturel unique de Bastia dans un esprit d’expérimentation et d’innovation. Avec cette double orientation entre tradition et modernité, Zone Libre porte cette année un focus particulier sur les œuvres projets audiovisuels d’artistes établis en Corse, pour proposer aux publics une riche tapisserie de voix et d’expériences. Cette pollinisation croisée d’idées et d’esthétiques enrichit la scène artistique locale et relie Bastia au monde de la création contemporaine bien au-delà de la Méditerranée. Le festival joue pleinement un rôle crucial dans la promotion des talentueux artistes qui enrichissent le paysage culturel de Bastia et met en valeur un large éventail de perspectives et d’approches artistiques interdisciplinaires. Le festival continue d’évoluer et de se développer en tant que vitrine de premier plan des arts sonores à Bastia et en Corse dans une démarche de démocratisation accessible à tous. Pour favoriser l’inclusion de tous les publics, le festival maintient l’entrée libre pour tous et souligne le rôle du son dans la formation de nos perceptions de l’espace, du temps et de la réalité. Nous vous donnons rendez-vous pour un festival Zone Libre animé par un désir de partage et d’échanges, pour célébrer ensemble la rencontre avec les musiques de création. Le festival est dédié à mon ami et complice Philippe Franck qui nous a quittés pour rejoindre les étoiles le 27 janvier 2025. Il a été le moteur infatigable de nos utopies tran[s]soniques les plus improbables et il nous manque terriblement. RIP Paradise Now.

couverture
couverture
page 9
page 9
page 13
page 13
page 15
page 15
page 21
page 21
page 25
page 25
page 27
page 27
page 29
page 29
page 31
page 31
page 35
page 35

Tommy Lawson, direction artistique et curatoriale, Zone Libre.

2024, sixième édition

29 janvier au 4 février, arts sonores et arts visuels.

Zone Libre trace son sillon vers une sixième édition, l’occasion de redire l’importance et la richesse d’usages hybrides dont les arts sonores sont une expression particulièrement foisonnante. Zone Libre célèbre les plaisirs soniques immédiats avec ses concerts, performances, son parcours sonore et invite à découvrir des artistes qui intègrent à leurs représentations musicales des éléments des arts plastiques, du cinéma, de la narration, de l’éclectisme, mettant en lumière les expressions les plus singulières et novatrices. Zone Libre Festivale di l’arti sonori pose constamment un éclairage nouveau sur des artistes de tous horizons, encourage et accompagne les premiers pas des jeunes créateurs, pour favoriser l’expérimentation ainsi que les recherches et les réflexions entre art et science. La vibration d’un festival comme le nôtre est de saisir un monde en perpétuel mouvement et d’être en prise avec les questionnements des artistes, chercheurs.euses porté.e.s par des visions audacieuses. Travailler à l’organisation et à la programmation d’un tel évènement, sont des missions intrinsèquement liées, il s’agit aussi, de manière complémentaire de mettre en place des dispositifs d’actions culturelles dans les nombreux lieux qui nous accueillent : établissements scolaires, bibliothèques et médiathèques, musée, Conservatoire et institutions publiques. De l’intime au réflexif, du quotidien aux grands mythes, de la musique populaire à l’expérimentale, du solo à l’ensemble, de l’installation au concert, Zone Libre déploie toute la gamme de sons, substituant au bruit et la violence des nouvelles du monde, des enclaves poétiques qui nous font nous sentir terriblement vivants ! Durant sept jours, plus de vingt artistes de toutes générations et nationalités confondues dans une belle spirale créative nous proposeront de faire ce voyage sonore à partir de la Corse pour Bruxelles, Mons, Vienne, Limoges en passant par Berlin, Paris, Liège, Ancienne Olympie, Angoulême, Vaasa, Rome, Londres... Nous irons à la rencontre de ces merveilleux créateurs et créatrices pour partager des moments d’écoute, plus rares les uns que les autres, mais surtout uniques. Engagée dans son époque, impliquée dans les débats d’aujourd’hui, la programmation est une nouvelle fois audacieuse et ouverte. Elle propose également de nombreux rendez-vous à partager en famille, entre amis et invite à cultiver le goût d’être surpris. C’est toute l’ambition que nous portons pour développer de nouvelles initiatives pour faire de Bastia la plus élégante, la plus gracieuse, la plus surprenante et la plus belle oasis corse pour les arts sonores. Toute l’équipe du festival se joint à moi pour vous souhaiter une bonne écoute et de belles découvertes.

couverture
couverture
page 4
page 4
page 6
page 6
page 7
page 7
page 13
page 13
page 14
page 14
page 17
page 17

2023, cinquième édition

31 janvier, du centre ancien aux quartiers sud.

Dans ces temps troublés et incertains, la permanence du geste artistique, dans son essentielle liberté, nous semble particulièrement d’actualité. Malgré les difficultés, nombreuses, nous nous adaptons régulièrement aux contraintes, encouragés par vos retours et ceux de nos partenaires nous continuons de construire ce projet créatif et ambitieux pour Bastia et l’ensemble du territoire Corse.

Le monde change à la vitesse du son par les innombrables interactions numériques et sociales qui rythment notre quotidien et nous oblige à une prise de conscience du sonore comme un enjeu essentiel. Ces changements nous incitent à réinventer un espace commun tourné vers la diversité, la parité, l’inclusivité, la transmission et le partage. Cette cinquième édition renforcée du festival Zone Libre, avec ses artistes, compositeurs exigeants, chercheurs, avec des publics passionnés et curieux, ouvre une nouvelle page de la création audio intermédiatique, avec des sonorités mais aussi des images nouvelles qui élaborent des combinaisons inédites. Zone Libre est résolument tourné vers cet engagement, et donc résolument orienté vers le futur immédiat. Le festival décline des propositions scéniques et plastiques aux identités affirmées, sur le plan esthétique comme territorial, développe des échanges plus importants avec l’international autour des créations matiéristes, organiques, du field recording, et met en avant les scènes locales, le tout en réunissant les courants et sensibilités artistiques qui sont l’ADN de notre Festivale di l’arti sonori. Dans le programme de cette édition 2023, le volet réflexion, débat et partage d’expériences est aussi présent le temps du forum. Cette année, celui-ci porte sur les liens féconds entre création, recherche et territoire (matériel et immatériel). C’est aussi pour nous l’occasion de donner la parole aux participants du festival et à préciser avec eux certains enjeux mais aussi de lancer des pistes de futures collaborations possibles. Du centre ancien aux quartiers sud, le Festivale di l’arti sonori vous invite dans ces lieux emblématiques de la ville à partager des moments de découverte, d’expérimentation et d’émotion pure. Dans la ville de culture et innovante qui se tourne vers 2028 et un horizon européen, nous construisons avec l’ensemble des chercheurs, ces talentueux artistes, un lien toujours fécond entre inspiration, création et nouvelles technologies. Rassembler autour du son aussi réel que symbolique un espace de rencontres et de débats, de décloisonnement, de dépolarisation et d’inclusion, c’est le pari de Zone Libre qui impulse une nouvelle fois des rencontres entre notre ville, des artistes de renommées insulaires, internationales et un large public. Des concerts/performances, un parcours sonore renforcé cette année avec des œuvres contextuelles, des rencontres et un forum. Un festival aux vibrations uniques en accès libre, car nous souhaitons plus que jamais offrir à toutes et tous la possibilité de goûter à ces découvertes.

couverture
couverture
page 4
page 4
page 5
page 5
page 6
page 6
page 7
page 7
page 10
page 10
page 12
page 12
page 13
page 13
page 15
page 15
page 17
page 17
page 18
page 18

2022, nouvel opus

Festival des arts sonores Zone Libre, Bastia.

Notre ville, avec ses sonorités aux multiples échos, l’immatérialité poétique de ses paysages maritimes, fait de l’art sonore un art du temps en même temps qu’un art de l’espace, et contribue à faire du festival ZONE LIBRE un moment de découverte, d’exploration et de partage, questionnant la dimension audio poétique de la création sonore. Nouvel opus pour notre Festivale di l’arti sonori avec une sélection de projets artistiques, en majorité des créations, des concerts/performances, une masterclass, des installations sonores, une résidence de création, des rencontres/débats et un parcours sonore dans la ville. Un festival des arts sonores à Bastia qui poursuit le développement de ses partenariats avec notamment les Pépinières Européennes de Création et Transcultures, pour favoriser et accompagner les émergences innovantes, inscrire l’action du festival dans un réseau de circulation d’œuvres, d’artistes insulaires et internationaux.

couverture
couverture
page 4
page 4
page 5
page 5
page 6
page 6
page 7
page 7
page 8
page 8
page 10
page 10
page 12
page 12

2021, la refondation

Du 6 au 10 juillet 2021, Bastia.

Depuis de longs mois nous essayons d’y voir plus clair dans la brume qui a recouvert l’intégralité du monde culturel. Durant les différentes périodes du confinement nous avons composé note par note la partition d’un festival nouvelle formule pour célébrer l’art sonore, dans ses expressions les plus créatives et les plus diverses. Cette édition 2021, comme un hors-série, propose des formes adaptées aux contraintes actuelles et tournées vers l’avenir, formes réinventées autour de nouveaux récits et plus largement les écritures numériques. C’est ainsi l’occasion de choisir un nouveau nom : Zone Libre, Festival des Arts Sonores. Le Festivale di l’arti sonori a accueilli en mars une résidence de création à Bastia et une masterclass à l’Université Pasquale Paoli à Corte. En juillet, le festival propose un riche programme de concerts, performances, installations sonores et une rencontre débat, se poursuivra en octobre par une table ronde, et se clôturera en novembre au centre culturel Una Volta avec l’installation sonore P.H.A.S.M.E. Zone Libre continue de porter un discours fort dans un monde culturel bousculé et privé depuis de longs mois de ce lien essentiel avec les publics. Grâce au soutien des partenaires institutionnels, le festival maintient une entrée libre sur l’ensemble de la manifestation. Le festival veut offrir au plus grand nombre quatre jours de découverte et de partage, autour d’une programmation exigeante et un line up éclectique, avec une ouverture sur les jeunes talents insulaires. Zone Libre propose à tous un festival tout entier animé par un désir de retrouvailles et d’échanges, pour célébrer ensemble un urgent retour à la vie, au sonore, au sensible, à la rencontre collective et festive.

couverture
couverture
page 4
page 4
page 5
page 5
page 6
page 6
page 8
page 8
page 10
page 10

2020, deuxième édition (Forum des arts sonores)

Du 23 janvier au 1er février 2020, Bastia, dans le cadre de La Semaine du Son.

Le Forum des arts sonores propose au public de découvrir de nouveaux langages et de nouvelles esthétiques sonores : installations et parcours dans la ville, performances mêlant design sonore et visuel, apéro concerts, rencontres, masterclass et table ronde. Inscrivant au cœur de la cité sa démarche résolument contemporaine, les artistes invités explorent les sons spatialisés, mixent bruits, musiques et images, et nous entraînent dans l’aventure de l’espace son de demain. En clôture, Chronostasis de Franck Vigroux et Antoine Schmitt. Organisé dans le cadre de La Semaine du Son, en partenariat avec le centre culturel Una Volta et la Cie Art Mouv’, soutenu par la Collectivité de Corse et la Ville de Bastia.

couverture
couverture
page 3
page 3
page 5
page 5
page 7
page 7
page 9
page 9
page 11
page 11

2019, première édition (Forum des arts sonores)

Du 24 au 29 janvier 2019, Bastia, dans le cadre de La Semaine du Son.

La première édition du Forum des arts sonores inscrit au cœur de Bastia une démarche d’écologie sonore : écouter le monde autrement. Autour de l’installation inauguration Cinéma pour les oreilles Part II, du concert projection Xenoglossie II de Vincent Epplay, de la performance audiovisuelle ‹ Mémoire › (Nicolas Ticot / XLR Project & Ian McDonnell / Eomac), du concert sous casque ‹ B2B › (Jean Daniel Bécache & Tommy Lawson), d’une masterclass et d’une table ronde sur les zones calmes dans la ville (avec Gilles Malatray et Cécile Regnault), le Forum affirme le son comme matière de création et comme lien au territoire. Organisé dans le cadre de La Semaine du Son, en partenariat avec le centre culturel Una Volta, soutenu par la Collectivité de Corse et la Ville de Bastia.

couverture
couverture
page 2
page 2
page 3
page 3
page 4
page 4
page 5
page 5
page 6
page 6
Carnet de textes · note d'atelier · le site

Ce site est une partition

Note sur ce site, écosystème d'un parcours.

Ce site n'est pas une vitrine, c'est une partition. Photographie, son, texte, territoire y sont des portées qui se répondent, et le visiteur qui passe de l'une à l'autre rejoue, sans le savoir, le mouvement même de ma démarche : faire du territoire une partition, et du regard un acte d'écoute.

Pendant près de trente ans, j'ai composé pour le plateau, dirigé une compagnie puis un festival, fabriqué mes propres instruments de spatialisation, conduit des parcours sonores, mené des projets de leur idée à leur budget. Tout cela, je l'ai d'abord écrit dans un mémoire, pour le dire. Ce site, lui, le fait : il met en acte l'intermédialité, la conduite de projet et la phénoménologie du lieu que les mots ne faisaient que décrire.

Construire ce site a été une manière de relire ma trajectoire, et de retrouver l’appétence de repartir. Le site est devenu l’atelier où tout converge, le carnet, le paysage sonore, le territoire, et la preuve, s’il en fallait une, que ces disciplines n’ont jamais été séparées. Elles étaient une seule pratique qui cherchait son lieu. Ce lieu, c’est ici.

Carnet de textes · photographie

ARCHITEXTURES

Le mur comme peinture. Deux séries : ARCHI (noir & blanc) & MATIÈRE (couleur, en construction). voir les séries dans l'Atelier

Présentation. ARCHITEXTURES est la part de mon travail où le mur cesse d'être un décor pour devenir une peinture. Je photographie la paroi prise à plat, frontale, débarrassée de sa fonction : non plus un bâtiment à documenter, mais une surface à regarder. La ville y devient tableau, et le hasard des enduits, des lumières et des usures, un geste de peintre involontaire que je me contente de cadrer.

Deux séries habitent cet espace, et se répondent. MATIÈRE s'approche de la peau du mur, en couleur : craquelures, oxydations, mousses, écaillages, là où le temps dépose sa couleur. ARCHI prend du recul, en noir et blanc, sur les façades blanches de l'Art déco, là où la lumière sculpte le volume. De la matière à l'architecture, du détail à l'ensemble, c'est le même geste : regarder le mur comme on regarde une toile. L'espace est ouvert, et d'autres séries viendront, toujours à la lisière de la texture et du bâti. MATIÈRE est en construction.

Note d'intention

Longtemps, avec CARNET NOIR, j'ai photographié les villes la nuit, cherchant dans le noir non pas l'absence mais une autre densité de présence. ARCHITEXTURES est le mouvement diurne de ce même regard. Ici je ne descends plus vers la nuit, je remonte vers la lumière et la couleur, en plein jour, au ras de la paroi.

Le point de départ est un renversement : cesser de voir le mur comme le support de l'architecture, et le voir comme une image en soi. Pris à plat, sans ciel ni perspective pour le remettre à sa place de bâtiment, le mur redevient ce qu'il n'a jamais cessé d'être, une surface travaillée par le temps, la main, la lumière. Une peinture que personne n'a signée.

Deux révélateurs pour un seul regard. Dans MATIÈRE, c'est le temps qui révèle : l'enduit se craquelle, le métal s'oxyde, la mousse colonise, la peinture s'écaille et libère un cyan, un cobalt, un vert que nul décorateur n'aurait osé. La couleur n'est pas ajoutée, elle est déposée, arrachée, advenue. Dans ARCHI, c'est la lumière qui révèle : sur les façades blanches des années trente, courbes de paquebot et hublots, le noir et blanc rend au volume sa géométrie, et le blanc, saturé, finit par devenir une empreinte rétinienne. D'un côté la couleur du temps, de l'autre le blanc de la lumière. La boucle se referme sur elle même.

Il y a enfin une éthique du regard qui distingue ARCHITEXTURES de CARNET NOIR. Là, l'image n'est pas jolie, elle questionne. Ici, j'assume l'élégance comme une quête légitime : chercher la beauté d'un mur, non pour l'embellir, mais pour montrer qu'elle y était déjà, et que le regard seul suffisait à la lever.

Manifeste

Le mur est une peinture que personne n'a signée.

Je le prends à plat. Je lui retire le ciel, la rue, la fonction. Ce qui reste n'est plus un bâtiment, c'est une surface, et une surface se regarde comme un tableau.

La couleur n'y est jamais ajoutée. Elle est déposée par le temps, arrachée par l'usure, advenue par accident. L'oxyde, la mousse, l'écaillage peignent mieux que la main.

Le blanc n'y est jamais neutre. Saturé de lumière, il devient matière à son tour, une empreinte qui reste sur la rétine quand on a détourné les yeux.

Je ne cherche pas à documenter l'architecture. Je cherche l'instant où elle redevient peinture.

Du détail à l'ensemble, de la peau au volume, du temps à la lumière : un seul geste, plusieurs échelles. Regarder assez près pour que le mur cesse d'être un mur.

Où CARNET NOIR interroge, ARCHITEXTURES contemple. L'élégance n'est pas un défaut. La beauté d'une paroi n'attendait qu'un cadre.

Carnet de textes · grande introduction · la collection

CARNET NOIR, la collection

« Je ne photographie pas un pays. Je photographie le moment où je n'en ai pas encore les codes. »

CARNET NOIR est une collection de fanzines de photographie en noir et blanc. Chaque numéro est un carnet, un objet modeste, sériel, qui prélève un lieu, un voyage, un état de la lumière. Ce ne sont pas des reportages ni des albums de souvenirs, ce sont des traversées. La collection avance par accumulation de ces traversées, ville après ville, seuil après seuil, sans chercher à les totaliser. Elle est délibérément ouverte, et je ne sais pas encore combien de carnets viendront. Une grammaire commune les relie : le noir et blanc révélé non comme un effet mais comme une matière, le format du carnet, une quatrième de couverture jaune qui signe la collection, et une même éthique du regard. À l'intérieur de cette grammaire, chaque numéro garde son autonomie, un registre, une ville, une lumière qui lui sont propres.

Note d'intention

Je travaille sur le seuil. Pas dans la ville, pas devant le monument, sur la ligne incertaine où l'on entre sans savoir, où le pied hésite, où le regard n'a pas encore appris. C'est là, dans cette zone de bascule, que le monde m'apparaît le plus vif, parce qu'il n'est pas encore rangé. Je ne m’intéresse pas à proprement parler aux lieux, je les arpente dans les passages qui les relient.

Ma méthode est la soustraction. La couleur d'abord, elle situe, elle date, elle possède. Elle n’est pas traitée de la même manière que le noir et blanc. Puis la netteté, la stabilité, parfois la présence humaine. Je n'ajoute rien, j'enlève, jusqu'à ce qu'apparaisse ce qui restait dessous, la structure de la lumière, le mouvement inscrit dans le temps de pose. Le noir et blanc, pour moi, n'appauvrit pas, il isole et il poétise ce que la couleur révèle trop. Je ne capture pas, je prélève : l'image n'est pas une fenêtre, c'est un échantillon, l'empreinte de ce qui a frôlé l'objectif. Et je refuse la grande image, le panorama, la carte, le plan qui maîtrise. Le tout, je ne le montre jamais, je le laisse incertain dans ce que je prélève, hors champ, comme une absence qui tient l'image debout.

Le concept

Trois idées traversent la collection. La première, que le noir est une matière, non un manque, un noir matière qui happe ou renvoie selon l'angle, et qui peut devenir le vrai sujet du cadre. La deuxième, que la lumière ne sert pas à montrer mais à déposer, elle coule sur le sol, brûle un contour, s'inscrit comme une trace, et l'ombre compte plus que le corps qui la jette. La troisième, la condition d'étranger, je suis toujours celui qui marche dans une ville qui n'est pas la sienne, qui en frôle les codes sans les posséder. De là le point le plus juste : quand le bougé transforme un lampadaire en calligraphie, je ne photographie plus la lampe mais le temps de mon regard, le mouvement de ma propre main, une photographie qui, par instants, n'a plus d'autre sujet que la lumière s'écrivant elle-même.

La mise en dialogue des numéros

Les carnets ne s'alignent pas, ils se répondent. Ils dessinent une géographie de l'étranger, Liège, Bruxelles, Lyon, Mons, Bastia, Istanbul, le Maroc, l'Égypte, des villes traversées plus que visitées, et un spectre de registres, du nocturne le plus dissous au diaphane le plus clair. Un premier axe va du jour à la nuit : NOCTURNE[S] ouvre dans le noir et le flou et pose le mouvement fondateur, non pas descendre vers la nuit mais remonter vers la lumière, tandis que DÉSERT BLANC porte la clarté à son comble. Un deuxième axe marie la ville et le désert, le plein urbain et le vide minéral, qui riment plus qu'ils ne se complètent. Un troisième fil suit les motifs récurrents, le seuil qui court d'un carnet à l'autre, escaliers, tunnels, passages, embrasures, quais de gare. Aucun axe ne ferme l'ensemble, c'est leur résonance, non leur addition, qui fait la collection.

Une collection ouverte

CARNET NOIR n'a pas de terme prévu. Ce qui m'importe, c'est que chaque carnet reste une traversée juste, et que tous continuent de se répondre. Je ne cherche pas à comprendre les lieux, je cherche à rester sur leur seuil, assez longtemps pour que la lumière y dépose sa trace, assez peu pour ne jamais croire que j'y suis chez moi. feuilleter les carnets

Carnet de textes · carnet noir #1

NOCTURNE[S]

Carnet Noir #1 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Tout a commencé là, dans mon désir de photographier ce que le jour cache. NOCTURNE[S] n'illustre pas la nuit, il l'habite : je cherche, dans le noir, non l'absence mais une autre densité de présence. La lampe qui veille, la rue désertée, le passant réduit à sa silhouette. Ici, l'obscurité n'efface pas le monde, elle le concentre. Ce premier carnet fixe le ton de mon travail photographique, la nuit comme manière de voir, et ouvre la traversée que la collection ne cessera de reprendre.

Carnet de textes · carnet noir #2

AUTRE NOIR

Carnet Noir #2 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Il y a la nuit, et il y a le noir. AUTRE NOIR explore le second, le noir qui n'est plus une heure mais une matière, une encre, un poids. Les images s'y rapprochent de l'abstraction sans jamais quitter le réel, un mur, une ombre, un pan d'obscurité qui se met à exister pour lui-même. C'est le versant le plus plastique de la collection, là où le regard cesse de nommer pour seulement éprouver la densité.

Carnet de textes · carnet noir #3

TRANSLATIONS

Carnet Noir #3 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Voyager, c'est traduire, faire passer un lieu d'une langue dans une autre, d'un regard dans un autre. Avec TRANSLATIONS j’ai voulu rassembler ces images de l'entre deux, prises dans le glissement d'une ville à la suivante, là où rien n'est tout à fait arrivé ni tout à fait quitté. Le carnet ne me sert pas à fixer des lieux, il fixe le passage entre eux, cette zone instable où l'œil, encore en mouvement, compose malgré tout.

Carnet de textes · carnet noir #7

DÉSERT, M'HAMID

Carnet Noir #7 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

M'Hamid, dernier village avant le sable. Le désert n'est pas un vide, c'est une page tendue où chaque trace compte, une piste, une ombre, une dune qui avance. En noir et blanc, l'étendue devient pure géométrie de lumière. Dans ce carnet je cherche cette nudité, le moment où le territoire, dépouillé de tout, n'est plus qu'une ligne et une respiration.

Carnet de textes · carnet noir #5

INTERZONE

Carnet Noir #5 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Tanger, porte de l'Afrique et seuil de l'Europe, ville où les frontières se brouillent. INTERZONE emprunte son nom à Burroughs pour dire cet entre-deux permanent, ni tout à fait ici ni tout à fait là. Les images y cherchent les zones de contact, l'ombre d'une médina, l'éclat d'une mer au bout d'une rue, la lumière qui hésite. Un carnet de seuil, où la ville elle-même est un passage.

Carnet de textes · carnet noir #6

BAWITI

Carnet Noir #6 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Bawiti, point d'ancrage avant le grand désert. Ici, la vie tient à peu, un mur d'enduit, une ombre de palme, une ruelle de terre. J’ai pris le temps de regarder et observer cette frontière fragile entre l'oasis et l'étendue, l'endroit où l'homme s'accroche et où le désert attend. J’aime particulièrement capturer ces moments et ces lieux en noir et blanc, la chaleur devient grain, et la lumière, presque solide.

Carnet de textes · carnet noir #9

BASTIA

Carnet Noir #9 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

On photographie mal ce qu'on connaît trop. BASTIA est le carnet du retour avant le départ, le défi de poser sur le familier l'œil qu'on réserve d'ordinaire au lointain. Ma ville, ses escaliers, ses façades, sa lumière dure, retrouvés comme s'ils étaient étrangers. Ce carnet touche le plus intime et le plus sensible du quotidien, celui où le familier, à force d'attention devient un pays à découvrir.

Carnet de textes · carnet noir #10

ENCRE NOIRE

Carnet Noir #10 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Pousser le noir jusqu'à l'encre, jusqu'au point où l'image résiste encore, un peu, avant de se refermer. ENCRE NOIRE assume les tirages les plus profonds de la collection, ceux où il faut chercher la forme, la deviner. Le noir n'y est pas un fond mais une matière vivante, qui boit la lumière et n'en laisse s’échapper qu'un mince filet Un carnet d'épure et de risque, à la limite du visible.

Carnet de textes · carnet noir #11

ISTANBUL, TAKSIM

Carnet Noir #11 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Taksim, la place et le quartier, là où Istanbul accélère. L’énergie de cette ville très particulière, je l’ai ressentie dans le flux, les corps qui passent, les enseignes, l'énergie nerveuse de la grande ville. En noir et blanc, j’aime la manière dont le mouvement se fige en silhouettes, et la foule qui devient un paysage à part entière, dense et plastique dans l’espace. Premier volet d'un Istanbul en deux temps, celui de l'agitation de Beyoglu et Karakoy , avant le partage des deux rives, de l’autre côté, rive asiatique avec la douceur de vivre de Kadikoy.

Carnet de textes · carnet noir #12

ISTANBUL, 2 RIVES

Carnet Noir #12 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Istanbul tient en un partage, deux continents, une eau entre eux. 2 RIVES regarde ce face à face, les quais, les bateaux, la brume qui efface l'autre bord puis le rend. La ville s'y donne comme un seuil permanent, un passage que l'on refait sans cesse. Second volet de l'Istanbul de la collection, plus lent, plus large, où la traversée devient le sujet.

Carnet de textes · carnet noir #13

ÉGYPTE, URBAIN

Carnet Noir #13 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

L'Égypte des villes, avant le désert. Le Caire qui s'empile, Assouan au bord du fleuve, Louxor et ses pierres, regardés non comme décor mais comme territoires habités, vivants, usés. J’ai cherché dans ce carnet le grain du quotidien égyptien, l'ombre d'un balcon, la rumeur d'une rue, la lumière qui tombe entre deux immeubles. Tout comme Istanbul, Le Caire a plusieurs facettes, de Downtown à Zamalek, un autre pont à passer. J’ai souhaité marquer dans cette série le mouvement d'un diptyque, l'urbain dense, avant le grand vide minéral du Désert Blanc.

Carnet de textes · carnet noir #8

DÉSERT BLANC

Carnet Noir #8 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Après la ville, je rejoins le silence. Le Désert Blanc d'Égypte dresse ses roches calcaires comme des présences, blanches sous le soleil, spectrales à la tombée du jour. J’abandonne la densité urbaine pour l'épure absolue, le minéral, l'horizon, le rien qui pourtant déborde. En noir et blanc, le blanc du désert devient lumière pure, et la pierre, sculpture. Ce diptyque égyptien s'y achève, de la foule au vide.

Carnet de textes · carnet noir #14

PASSAGES, seuils & traversées

Carnet Noir #14 de la collection. feuilleter le carnet ›

Note d'intention

Avec le carnet PASSAGES je déplace le propos de la nuit vers le franchissement. La nuit y est bien là, mais comme horizon et gravité, ce vers quoi les passages descendent, jamais ce ne qui les enferme. C'est le passage, pas l'heure, qui fait la série : les seuils, une lampe, une silhouette qui traverse ; les traversées, couloirs et embrasures ; les bascules, reflets sur le bitume mouillé, fenêtres allumées dans une façade sombre ; les descentes, escaliers qui plongent. J’ai eu envie que la mise en page soit le propos, une écriture à cinq régimes où je tente de faire que chaque forme dévoile un type de passage. Je fais de la nuit le sujet avec un geste photographique du seuil et de l'entre deux, dans la filiation Provoke, raconter plutôt que plaire.

Carnet de textes · carnet noir #15

HORIZON[S] NUIT

Carnet Noir #15, série de nuit, gradation bancale, deux clôtures anti, nuit (Bastia, Berlin). feuilleter le carnet

Note d'intention

Il y a une heure où le paysage cesse d'être un décor pour devenir une ligne, celle, basse et tenue, où la terre, la mer et le ciel renoncent à se distinguer. HORIZON[S] NUIT suit cette ligne quand elle s'éteint. Non pas la nuit installée, refermée sur elle-même, mais l'approche : ce moment instable que j’affectionne, où le jour lâche prise sans que le noir ait encore tout pris. J’ai exploré une gradation, ici volontairement bancale, elle hésite, recule, repart, comme l'œil qui s'habitue mal à l'obscurité. À la fin, deux images refusent de basculer : une lumière de Bastia, une lueur de Berlin, deux démentis, deux refus de la nuit pleine. Comme si l'horizon, même éteint, gardait en réserve un reste de jour.

Manifeste

La nuit n'est pas une fin : c'est une ligne que l'on suit. La nuit, je ne photographie pas le noir, je photographie ce qui lui résiste, la dernière clarté à l'horizon, le reflet qui ne veut pas mourir. HORIZON[S] NUIT tente ce pari : avancer vers l'obscur sans jamais s'y abandonner tout à fait.

Premier volet d'un diptyque de nuit, avec #16 OMBRES & SILENCE.

Carnet de textes · carnet noir #16

OMBRES & SILENCE

Carnet Noir #16, série de nuit, gradation continue du jour vers le noir, couverture Bastia (fenêtre). feuilleter le carnet

Note d'intention

Après l'horizon, l'intérieur de la nuit. OMBRES & SILENCE descend, sans heurt cette fois, du jour vers le noir : une gradation continue, régulière, qui éteint la lumière page après page jusqu'à ne plus laisser que la forme et son absence. Ici, j’ai voulu traiter l'ombre qui n'est pas le contraire de la lumière mais sa mémoire, ce qu'elle laisse quand elle se retire. Et le silence n'est pas le vide : c'est la matière même de ces images, l'épaisseur où le regard se pose quand il n'a plus rien à désigner. La ville s'y tait, les corps s'y effacent, les seuils se referment. J’aimerais que mon regard fasse entrer dans ce numéro comme on entre dans une pièce sombre : en attendant que l'œil s’habitue.

Manifeste

Pour moi, photographier l'ombre, c'est photographier ce qui reste. Photographier le silence, c'est rendre visible ce qui ne fait pas de bruit. OMBRES & SILENCE ferme la traversée de nuit de la collection : non par la peur du noir, mais par ce que j’accepte l'obscur comme dénouement, ce point où l'image, débarrassée de la lumière, ne garde que l'essentiel : une présence, et le silence autour.

Second volet d'un diptyque de nuit, avec #15 HORIZON[S] NUIT. Mon premier regard au loin refuse de tomber, avec le second je descends et je l’accepte.

Carnet de textes · carnet noir #4 · note d’intention

WALKING THE LINE

Note d'intention · la ligne au sol, du jour vers la nuit feuilleter le carnet

Il y a une ligne au sol, et quelqu'un qui la suit. C'est tout le carnet. Le passage clouté, la couture de l'asphalte, le rail, la bande podotactile, et l'ombre portée qui devient à son tour une ligne. Partout j’ai voulu saisir le même trait qui traverse le cadre, et le marcheur qui le longe, le franchit, ou marche dessus.

J'ai fait ces images les yeux baissés, dans plusieurs villes, Lyon, Paris, Rome, Bruxelles, Istanbul. Mais elles ne racontent pas les villes. Elles racontent un geste, celui de marcher, réduit à ses éléments les plus nus : des jambes, une ombre, un sol. Le visage ne compte pas. Ce qui compte, c'est la trajectoire, la tension entre le corps et la ligne qui l'oriente.

Le carnet descend. Il commence en plein jour, sur des trottoirs éclatants où l'ombre est nette et la ligne franche, puis la lumière baisse, les contrastes s'épaississent, et l'on glisse vers la nuit. Les dernières pages sont des rues mouillées où la ligne n'est plus qu'un reflet. Une marche du matin au soir, du blanc au noir.

Une seule couleur traverse ce noir : le jaune. Celui de la peinture des marquages, le jaune réglementaire qui dit où poser le pied. Je l'ai gardé tel quel, en double-page, comme des respirations, des seuils. À chaque fois qu'il revient, c'est la ligne qui s'allume, la règle qui affleure, avant que le noir ne reprenne la main.

WALKING THE LINE, c'est marcher sur le fil. Suivre la ligne sans jamais tout à fait la franchir, rester au bord. Le carnet le plus graphique de la collection, et peut-être le plus simple : un trait, un pas, une ombre, répétés jusqu'à devenir une écriture.

Carnet de textes · carnet noir #17

OMBRES & LUMIÈRES

Carnet Noir #17, emplacement réservé, dernier numéro pour l'instant. Note et sélection à venir.

Note

Après l'obscur d'OMBRES & SILENCE, la brume. La nuit cesse de tout éteindre, le jour blanc arrive et efface tout : un pays plat où l'horizon se dissout, où les silhouettes, un château d'eau, un pylône, une rangée d'arbres, flottent sans sol. J’aime ces zones de transit où la dérive des corps rencontre la solitude. Je tente de ne pas descendre vers le noir, je me perds dans le clair. Ce petit bourg de Quevauquamps me tient lieu de boussole : un nom de village pour ne pas m’égarer tout à fait.

Carnet de textes · recherche · PhD

Recherche

Arts sonores, territoire et valorisation du patrimoine. Université de Corse, Laboratoire CiTu-Paragraphe, Paris 8.

Parallèlement à la création, je conduis une activité réflexive autour des arts sonores, du territoire et de la valorisation du patrimoine, en lien avec le Laboratoire CiTu-Paragraphe de l’Université Paris 8 et l’Université de Corse, et dans le cadre du Festival des arts sonores Zone Libre. Séminaires, journées d’études, symposium et publication en jalonnent le parcours, dans la perspective d’un projet de recherche en théorie et pratiques artistiques.

Séminaires et symposium

Séminaire Plateforme de médiation numérique.
Du 19 au 22 avril 2022, Bastia. Laboratoire CiTu-Paragraphe, Université Paris 8.
Séminaire avec les chercheurs du Laboratoire CiTu-Paragraphe de l'Université Paris 8, en partenariat avec la Maison des Sciences, Casa di e Scenze, de Bastia, Zone Libre, Transcultures et les Pépinières Européennes de Création. L'objectif repose sur la création d'une plateforme Open Data interactive de corpus de données numériques pour la recherche en sciences humaines et sociales, disponible en trois langues, français, anglais et corse. L'approche méthodologique consiste en un moissonnage autour de l'œuvre de l'artiste cinétique Pol Bury.

Séminaire sur les nouvelles dynamiques et enjeux entre recherche, création audionumérique et valorisation du patrimoine immatériel.
Festival des arts sonores, Bastia, février 2023.
Dans le cadre de ses actions d'accompagnement à la création artistique numérique, le festival Zone Libre poursuit les recherches et les réflexions autour des articulations entre art et science, à travers un séminaire accueillant des artistes et des scientifiques impliqués dans des expérimentations au croisement de l'art et de la science.

Symposium Art à l'ère de l'IA 1.0.
Transcultures et Laboratoire CiTu-Paragraphe, La Louvière (Be), 2023.
Symposium consacré aux relations entre art et intelligence artificielle, prolongeant les séminaires menés avec le Laboratoire CiTu-Paragraphe.

Journées d'études

Médiation scientifique et projet de territoire, le patrimoine dans tous ses états.
Università di Corsica Pasquale Paoli, Corte, 13 et 14 décembre.
Communication de Tommy Lawson, Explorations géosoniques et interactions de la création audionumérique avec le patrimoine. Dans ses balades géolocalisées et ses installations contextuelles, l'artiste appréhende les particularités du territoire et du quotidien, en mobilisant et en aiguisant le sens de l'écoute.

Publication

Les arts sonores, phénoménologie du territoire et valorisation du patrimoine.
Tommy Lawson. Texte intégral disponible en PDF.

Un territoire a une identité complexe, composé d'une myriade d'éléments (géographiques, histoires, peuples, acteurs économiques, architecture, artisanat, patrimoine, paysages sonores, etc.) qui peuvent varier en fonction des croyances, des valeurs et des normes culturelles d'une société donnée. Dans le cadre des créations sonores et grâce aux nouveaux usages de l'espace, d'innombrables territoires augmentés se réinventent et se définissent par les interventions de l'artiste sonore qui tente d'en (re)modeler les contours et la temporalité. Le patrimoine, dans son acception la plus large, permet d'élaborer une relation au territoire en associant le temporel et le spatial, par le récit constitué et par l'intentionnalité dans la fabrication de ce récit comme appropriation de l'espace.

lire l'article en PDF

Carnet de textes · concept

La carte postale sonore

De la forme figée au parcours géolocalisé.

Il n'existe pas de définition officielle de la carte postale sonore. C'est une composition, comme un morceau de musique, qui utilise les sons du monde réel. On arpente et l'on écoute un lieu, on relève ses plans sonores, on collecte, on trie, on réécoute, puis on recompose un ensemble cohérent : un paysage recréé à partir des sons prélevés. Évocation brève, d'une à quatre minutes le plus souvent, à une ou plusieurs voix, elle condense une histoire, une narration, un portrait très personnel d'un environnement sonore. C'est un acte de création à part entière, parfois considéré comme une forme radiophonique.

De cette forme autonome naît un second geste : relier plusieurs cartes postales sonores à des lieux réels et les déclencher au fil de la marche. Marcher, un casque sur les oreilles, et voir un lieu se mettre à sonner. Le parcours sonore géolocalisé n'est pas un audioguide : c'est une fiction déposée sur le réel. À mesure que l'on avance, la carte déclenche les pièces, et chaque endroit traversé révèle une composition qui lui est attachée. Le territoire n'est plus un décor, il devient une partition que l'on lit avec les pieds.

Pour mes projets Zone Libre, cette forme est une signature. Des premières balades d’Éclats sonores dans le centre ancien de Bastia au Campus sonore de Corti, du parcours Bega à Timișoara à D’un monde (sonore) à l’autre à La Louvière, la démarche revient : capter un lieu, le recomposer, puis le proposer à celui qui le traverse. L’application SoundWays permet même une écoute commutable, in situ sur place ou à distance, depuis chez soi.

D’où le nom : la carte postale sonore. Chaque lieu devient une carte brève, une vignette d’écoute arrimée à ses coordonnées GPS ; le parcours, lui, déroule ces vignettes en un récit. Je ne documente pas le territoire, j’en propose une version audio poétique, une dérive où les voix, les bruits, l’atmosphère et la musique composent plusieurs niveaux de narration.

Je conçois ces projets au plus près des conditions du terrain. Dans ce cas l’expérience tient dans un frottement : entre le son enregistré, travaillé, spatialisé, et l’ambiance vive de l’instant, celle du vent, des passants, de la ville qui continue. J’invite le promeneur à devenir monteur malgré lui, pour accorder ce qu’il entend au casque à ce que le lieu lui donne à entendre le jour de la balade. Chaque jour différent, l’expérience in situ se renouvelle. L’écoute cesse d’être passive : elle situe, elle relie, elle réhabite.

Je considère qu’un paysage s’entend autant qu’il se voit. Le territoire s’offre à une réappropriation par l’oreille, et la marche, geste banal, devient une manière de comprendre où l’on est.

Je commence par arpenter et écouter des lieux choisis, je relève des plans sonores, je collecte de nombreux échantillons, trie, identifie, réécoute pour finalement recomposer un ensemble cohérent, représentatif du lieu investi. Je recrée ainsi un paysage à partir des sons collectés.

La carte postale sonore est une évocation de courte durée, d'une à quatre minutes le plus souvent. C'est un condensé, à une ou plusieurs voix, d'une histoire de vie, d'une narration, un mélange de sons qui recomposent un portrait ou un paysage, une investigation très personnelle d'un environnement sonore. Elle est aussi, parfois, considérée comme une forme radiophonique.

06, à propos

À PROPOS

Tommy Lawson est artiste sonore et sound designer, installé à Bastia et Bruxelles. Depuis plus de vingt ans, il mêle textures électroniques, field recording et électroacoustique, entre installations, performances et écoute des lieux.

Il dirige le Festival des arts sonores à Bastia, mène des parcours sonores géolocalisés, continue de créer des œuvres sonores hybrides et conduit régulièrement des collaborations artistiques pluridisciplinaires, ainsi qu'une recherche de terrain autour des enjeux du son (Université de Corse, Laboratoire CiTu-Paragraphe, Paris 8).

En parallèle, la collection CARNET NOIR rassemble seize fanzines noir & blanc, traversant villes et déserts.

CV artistique (PDF) LinkedIn ›
Basé à Bastia (2B)
Champs photographie, son
Recherche CiTu-Paragraphe, Paris 8
Festival arts sonores, Bastia
Collection Carnet Noir (15)
Bio complète, CV et réseaux, accessibles via les boutons ci contre.

Le geste, à l’origine

Récit d’origine, d’après l’entretien « La création sonore en zone libre », Turbulences Vidéo #118 (propos recueillis par Philippe Franck, 2023).

Très tôt, vers dix ans, j’ai été sensible à la manipulation du son fixé sur bande. Comme beaucoup de ma génération, celle qui avait vingt ans dans les années 80, j’ai d’abord appris à réparer les cassettes dont la bande venait à rompre : démonter le châssis, couper net de part et d’autre, recoller au scotch méticuleusement découpé, tout remonter et veiller à ce que la bande passe bien à plat devant la tête de lecture. Une fois l’opération réussie, on retrouvait son morceau, amputé de quelques secondes, mais de nouveau là, presque sous les doigts. Mon attrait pour la création sonore vient certainement de là.

Puis, vers vingt ans, la rencontre à la fac d’un drôle de gars, amoureux fou de jazz, qui m’ordonnait presque d’écouter ses dizaines de cassettes. Des nuits entières d’écoute, et la découverte d’un « ailleurs » : le John Coltrane de la fin, CODONA, Anthony Braxton, les Chapter de Gato Barbieri… Un jazz qui s’émancipe des codes et assume une base tout à fait free. Une liberté totale : c’est elle qui m’a, entre autres, inspiré le nom du projet que je porte depuis, Zone Libre.

De la bande recollée au territoire écouté, le même geste : tendre l’oreille, et faire du lieu une partition.

Portrait : « Au Fait » à Cayenne, © Ronan Liétar, 2022. · Recherche : Université de Corse · Laboratoire CiTu-Paragraphe, Paris 8.
07, contact

CONTACT

Bio, version courte

Tommy Lawson est artiste sonore et sound designer. Installé à Bastia et Bruxelles, il mêle depuis la fin des années 1990 électroacoustique, field recording et textures électroniques.

Cofondateur en 1998 de la compagnie de danse contemporaine Art Mouv’, dont il signe toutes les productions sonores jusqu’en 2021, il crée en 2008 Zone Libre, structure vouée aux arts et cultures numériques, qui organise depuis 2019 le Festival des arts sonores de Bastia. Son travail fait de la ville une partition en marche, par une série de parcours sonores géolocalisés, et explore la spatialisation et l’écoute immersive. Il a été diffusé en Europe, en Amérique du Sud, en Afrique de l’Ouest, au Maroc et en Corée.

Bio, version longue

Tommy Lawson est artiste sonore et sound designer. Installé à Bastia et Bruxelles, il élabore depuis la fin des années 1990 une œuvre mêlant électroacoustique, field recording et textures électroniques, entre installations, performances, improvisations et créations pour le spectacle vivant.

Il vient à la création sonore par la production. De 1998 à 2003 au festival Jazz à Vienne, comme régisseur général adjoint et au bureau de production, puis au festival Porto Latino à Saint-Florent. Des années formatrices, qui lui donnent très tôt les deux faces du métier, celle de l’atelier et celle du plateau.

En 1998, il fonde avec la chorégraphe Hélène Taddei Lawson la compagnie de danse contemporaine Art Mouv’, dont il réalise l’intégralité des productions sonores jusqu’en 2021. Quatorze créations scéniques, diffusées dans le réseau des Centres chorégraphiques nationaux et dans de nombreux festivals, en Europe, en Amérique du Sud, à Cuba, en Afrique de l’Ouest, au Maroc, au Kenya et en Corée. Il y signe aussi le son de six films de vidéo danse réalisés par Stéphane Broc, de la plage de Nonza à la Habana Vieja, du Kenya à Roubaix.

Attaché à la transversalité entre les arts, il est à l’initiative des premiers mappings vidéo réalisés en Corse, avec le collectif tunisien Design Lab, lors de la réouverture du musée de Bastia en 2009. En 2013, Carolyn Carlson le sollicite pour la création sonore de deux Poetry Events, au musée de Bastia et au musée Fesch d’Ajaccio, qu’il performe à ses côtés.

En 2008, il crée Zone Libre, structure de production dédiée aux arts et cultures numériques, dont il est le directeur artistique. Membre associé de La Semaine du Son depuis 2014, Zone Libre organise depuis 2019 le Festival des arts sonores de Bastia, sept éditions à ce jour, entre art, science et technologies. La programmation est devenue une part entière de son travail : inviter, croiser, faire entendre.

Son geste propre reste l’écoute des lieux. Il développe une série de parcours sonores géolocalisés qui font de la ville une partition en marche, d’UrbaSon à Bastia au Campus Sonore de Corte, de Bega à Timișoara à D’un monde (sONore) à l’autre, sur les traces de Pol Bury et d’Achille Chavée, à La Louvière. Les Éclats sonores, dans les quartiers prioritaires, et les ateliers en milieu scolaire prolongent ce travail du côté de la médiation.

La spatialisation est son chantier le plus récent. Formé à la réalisation sonore auprès de Jean-Daniel Bécache, Guillaume Feyler et Éric Munch, puis à l’ambisonie et à l’écoute immersive avec Armand Lesecq, il compose pour des dispositifs multipoints et pour la réalité virtuelle, notamment An Domhan, avec Gaëtan Le Coarer. Il mène en parallèle une activité de recherche, au fil de séminaires et de symposiums avec Transcultures et le laboratoire CiTu-Paragraphe de l’Université Paris 8, et de transmission, à l’Université de Corse comme dans les écoles d’art.

Ses pièces paraissent sur le label Transonic, dont l’album Bega [Sonic Scapes]. Il forme avec Philippe Franck, alias Paradise Now, le duo DAR ZÉRO, né à Tanger en 2022, et rejoint Transonic Unit aux côtés de la vocaliste Maja Jantar. La photographie tient une place égale : la collection Carnet Noir rassemble seize fanzines en noir et blanc, et Oblique, en 2024, sa première exposition monographique, réunit l’image et le son dans une même installation.

« Je laisse une grande place à l’improvisation et au hasard dans mon travail, j’essaie de triturer les sons, de brouiller les mélodies pour en faire sortir une harmonie intéressante, une intensité. Les motifs sont traités de façon aléatoire, comme de séduisants accidents sonores. »

COLORS · JAUNETOMMY LAWSON

JAUNE

CARNET NOIR